Qu’il soit tartan, vichy, prince-de-galles ou fenêtre, le carreau remplace cette saison les rayures, pois et imprimés floraux qui ornaient les silhouettes estivales. Faut-il y voir une volonté de ralliement de la mode sous un seul et même signe distinctif, quand bien même celui-ci emprunterait des formes variées ? De tous les motifs, le carreau est en effet le plus fédérateur.
A ce sujet, il convient évidemment de citer les clans écossais, qui, depuis des siècles, se distinguent les uns des autres par leur tartan, cette étoffe de laine à carreaux de couleurs. Ces dernières pouvant être rattachées aux origines géographiques du clan, ainsi que le consignait le journaliste français Louis Enault dans Angleterre, Ecosse, Irlande. Voyage pittoresque (Morizot, 1859) : « Le vert brille dans les clans qui viennent d’Irlande, comme les Mac-Kenzies ; le rouge dans les Celtes-Bretons, comme les Mac-Grégor, et le jaune dans les clans danois, comme les Mac-Leods. »
C’est d’ailleurs ce symbole de la culture écossaise que la créatrice Vivienne Westwood détournera dans les années 1970, alors qu’une vague punk déferle sur l’Angleterre. Corsets, manteaux, collants, chapeaux, robes de mariée, vestes courtes et minijupes… Elle détourne le tartan partout sur ses créations et va jusqu’à imaginer sa propre version, qu’elle baptisera « MacAndreas » en clin d’œil à son époux Andreas Kronthaler.
Grunge et gangsta rap
Au rayon des communautés toutes de carreaux vêtues, il faut aussi citer les amateurs de musique grunge, qui, à l’orée des nineties, font de la chemise de bûcheron (portée, dans de nombreuses variations, par leur idole Kurt Cobain) un de leurs signes de ralliement. Peu ou prou au même moment, les rues de Los Angeles vibrent, elles, au rythme du gangsta rap. Un genre musical très en vogue au début des années 1990, incarné entre autres figures par les rappeurs Snoop Dogg et Dr. Dre, amateurs eux aussi de la chemise à gros carreaux.
Dans le numéro 25 de la revue Aux sources du corporel, paru en 1995, le psychiatre Serge Tisseron s’intéresse au « vêtement comme symbolisation ». « Le vêtement – ou le signe vestimentaire – a toujours deux versants : l’un du côté d’une proclamation de l’originalité individuelle ; l’autre du côté de l’affirmation d’une participation à un groupe de référence. Selon les époques, les pays ou les individus, c’est l’une de ces tendances qui l’emporte sur l’autre », écrit-il ainsi. A en croire les défilés de la saison, le carreau – vu chez Burberry, Chanel, Dior, Chloé, Dries Van Noten ou encore Rabanne – n’a jamais été aussi en forme(s).
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