Le vendredi matin, une fois son fils déposé à l’école, Margarida Adónis prend la route. Chaque semaine, à moins qu’un tournage ne l’en empêche, la productrice exécutive pour le cinéma quitte Lisbonne et roule pendant près de 200 kilomètres à travers l’Alentejo.
Dans l’histoire de ce territoire situé entre le Tage et l’Algarve, l’activité lainière a joué un grand rôle dès le XVIe siècle. Collines et plaines ondulantes peuplées de troupeaux, forêts de chênes-lièges, pins, oliviers et vignobles se succèdent, puis la ville d’Evora et son centre historique classé au patrimoine de l’Unesco, et enfin Reguengos de Monsaraz.
C’est dans cette bourgade aux habitations basses et aux murs immaculés surlignés de couleur (ocre, terracotta, bleu…) que se trouve le deuxième bureau de Margarida Adónis. De la rue, une maison blanche ourlée de bleu délavé que rien ne distingue des autres bâtisses, hormis les deux meules en pierre postées sous un laurier-rose contre la façade.
En janvier 2020, Margarida Adónis est devenue copropriétaire de la Fábrica Alentejana de Lanifícios, sise dans un ancien moulin à huile plus que centenaire. Entre les 3 000 mètres carrés de vieilles pierres, sous les hauts plafonds en arche et les charpentes de bois, bat le cœur de l’unique fabrique où se poursuit, sur métiers manuels, le tissage de couvertures en laine aux dessins traditionnels, dont certaines, très anciennes, décorent les murs.
Tissées au sein des foyers et portées à l’origine par les bergers, enduites d’huile d’olive afin d’être imperméables, ces mantas seront conçues ensuite dans de plus grands formats pour couvrir les lits. La Fábrica Alentejana de Lanifícios, regroupant plusieurs artisans, voit le jour en 1930 et investit le vieux moulin. Elle prend de l’ampleur au cours des deux décennies suivantes et, lorsque l’attrait pour les lourdes couvertures décline, les mantas se transforment en tapis et en rideaux, parfaits isolants thermiques et phoniques.
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