Ancien propriétaire d’une écurie de course automobile, homme d’affaires à succès, l’Irlandais Eddie Jordan est mort, jeudi 20 mars, à 76 ans. Il avait révélé, en décembre 2024, souffrir d’un cancer de la prostate et de la vessie. « Il est décédé tranquillement avec sa famille à ses côtés au Cap [Afrique du Sud] aux premières heures du 20 mars 2025 », précise le communiqué de la famille. Charismatique, bavard et compétent, Jordan était resté dans le paddock comme un consultant réputé pour la télévision.
« Eddie Jordan était l’un des plus grands noms du sport automobile de tous les temps, a salué Andy Cowell, le patron de l’écurie Aston Martin, lointaine héritière de Jordan. C’était un homme exceptionnel, un être humain formidable et un leader charismatique qui a fondé cette équipe et l’a menée en F1 en 1991. Sa vision a posé les bases de notre succès. »
Petit homme éternellement pressé, mais jamais avare d’un sourire ou d’une poignée de main, Eddie Jordan se vantait d’avoir amené en formule 1 la dose de fantaisie et de joie de vivre qui sont, disait-il, la marque de son île. « Avec son énergie inépuisable, il savait toujours faire sourire les gens, tout en restant authentique et brillant à tout moment », a réagi le patron de la F1 Stefano Domenicali.
Né à Dublin le 30 mars 1948, « E. J. », son surnom dans le paddock, avait été touché très jeune par le virus de la course automobile. Il fut champion d’Irlande de karting en 1971, avant de piloter en F3 et en F2 à la fin des années 1970.
Banquier de son état, après avoir songé à embrasser la prêtrise, il renonce assez vite à sa carrière sportive pour se concentrer sur le lancement de sa propre écurie, à laquelle il donne son nom : Jordan. Il connaît rapidement ses premiers succès en F3, mais il lui faudra patienter jusqu’en 1991 pour intégrer le championnat le plus prestigieux, la formule 1.
Brillant homme d’affaires, mais pilote médiocre
L’apogée de l’aventure Jordan fut le Grand Prix de Belgique 1998 à Spa-Francorchamps, où l’écurie réussit l’unique doublé de son histoire, avec Damon Hill et Ralf Schumacher, le jeune frère de Michael, sur les deux premières marches du podium. L’écurie fut vendue en 2005, et connut des fortunes diverses depuis, sous différents noms – Aston Martin désormais, qui opère toujours depuis les locaux de Jordan à Silverstone, au Royaume-Uni.
La F1 n’était pas la seule passion d’Eddie Jordan – dont la fortune avait été estimée en 2023 à 600 millions de dollars (552 millions d’euros) : il était actionnaire du club de foot du Celtic Glasgow, possédait des chevaux de courses et pratiquait assidûment le golf, le cyclisme et la voile.
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S’il a brillé dans les affaires et comme manageur, sur la piste, Eddie Jordan est resté confiné dans une médiocrité que les résultats n’ont jamais démentie : formule Ford, formule 3 en Angleterre, formule 2 et endurance à l’échelon international, il n’a rien gagné. « Je n’étais pas assez bon, avait-il confié au Monde en 1995. Sans amertume. Avec mes capacités, heureusement que je n’ai pas réussi. »
Eddie Jordan laissera surtout le souvenir d’un découvreur de talents d’exception, don particulier qui lui permettait de déceler les futurs champions au premier coup d’œil. Sa méthode était rodée : il consignait sur un ordinateur les informations lui servant à jauger la valeur d’un pilote, et au fil des années et des compétitions, elle a fait ses preuves. Quelques-uns des meilleurs pilotes ont couru sous ses ordres : l’Allemand Michael Schumacher, le Britannique Damon Hill ou le Français Jean Alesi, avec qui il a remporté le titre de formule 3000 en 1989.
Mais sa plus grande découverte fut celle du Brésilien Ayrton Senna, engagé en 1982 pour défendre les couleurs de l’écurie Jordan en formule 3. « Dès qu’il est monté dans la voiture, je me suis rendu compte que c’était un génie. C’était le meilleur, le plus complet, le plus formidable que j’aie rencontré de ma vie », déclarait-il en 1995. Celui qui laisse derrière lui une épouse et quatre enfants a remporté sa dernière course en 2003.
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