Reportage France – Face à la concurrence des écrans, le défi d'intéresser la jeunesse à la lecture

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Le Festival du livre de Paris a fermé ses portes ce dimanche 19 avril et pendant trois jours, des milliers de lecteurs et lectrices ont pu y assister à des conférences, déambuler entre les stands et faire dédicacer leurs livres. Pour le secteur, un enjeu primordial se dégage : attirer les jeunes lecteurs, car selon l’étude annuelle du Centre national du livre, la proportion de jeunes lecteurs stagne. C’est en particulier à l’adolescence que l’on décroche, en raison de la concurrence des écrans.

Karen et Gabrielle sortent de cours, leur sac sur une épaule. À 13 ans, les deux copines aiment beaucoup lire, même si Gabrielle garde toujours son téléphone à côté d’elle quand elle ouvre un livre. « Si je reçois une notification, j’ai envie d’être là et de l’ouvrir au cas où, confie-t-elle. Avant, quand il n’y avait pas les téléphones, quand on s’ennuyait, on lisait, alors que là, maintenant, quand on s’ennuie, on est sur notre téléphone, on regarde des écrans, c’est un peu notre moyen de distraction premier. »

Son amie Karen est encore épargnée. « Ne pas avoir de téléphone, ça m’aide… Je sais que moi, ma cousine, dès qu’elle a eu un téléphone, elle a arrêté de lire », souligne-t-elle. Alors, l’adolescente a un peu peur de perdre son goût pour la lecture en grandissant. 

Selon l’étude du Centre national du livre, c’est entre 16 et 19 ans que les adolescents décrochent. Mia a 19 ans. Pour elle, la lecture pour le plaisir, c’est de l’histoire ancienne.  « Il y a eu toute une période où je dévorais les livres, je me couchais hyper tard, je faisais des sagas, j’étais complètement addict », se rappelle-t-elle. Mais en arrivant au lycée, elle décroche, notamment parce que la charge de travail s’alourdit. « Et parce que je pense que je trouvais pas vraiment chaussure à mon pied, ajoute-t-elle, J’ai essayé de m’y remettre, mais avec un livre que je n’ai pas apprécié, donc ça m’a un peu déchauffée du truc… »

Et puis, pour lire, il faut qu’elle soit séduite dès les premières pages : « Mon temps d’attention a tellement réduit que si j’accroche pas et si j’ai une série, par exemple, que je vais préférer regarder, je vais privilégier ma série à mon livre ».

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Le phénomène inquiétant de la dark romance

Autre constat de l’étude du CNL, ce que les jeunes lisent le plus, ce sont les BD, les mangas et la romance. À la librairie Le Divan Perché, à Paris, Margaux Le Bescot conseille chaque jour des adolescents. « Ils viennent souvent par groupe de trois, quatre, parfois plus, et ils viennent prendre des grosses piles de romance. Ils vont suivre des histoires avec un homme, une femme qui vont développer une relation amoureuse, voire sexuelle. Parfois ça va être un peu plus sombre, avec la dark romance. Ce ne sont pas des livres qui sont faits pour la tranche d’âge assez jeune et pourtant, c’est ce qu’on retrouve le plus comme acheteurs pour ce genre-là. Je pense qu’il y a un peu le côté interdit, analyse-t-elle, ça fait un peu rêver, ils veulent plutôt ça que des romances adaptées à leur âge qui peuvent être plan-plan pour eux. »

Face à ce phénomène de la dark romance qui prend de l’ampleur, les libraires sont parfois désemparés. Ils doivent trancher entre répondre à une demande qui grandit et protéger les jeunes lecteurs. 

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Source du contenu: www.rfi.fr

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