Chronique des matières premières – La banane d'Équateur directement touchée par la crise pétrolière

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C’est un des effets de la crise logistique liée à la guerre en Iran : les exportations de bananes d’Équateur se font au ralenti. L’Équateur est leader sur le marché de la banane, on parle donc d’énormes quantités qui sont en souffrance.

Plus de 2,5 millions de cartons de 18 kg sont affectés par des retards d’expédition, selon l’Association de commercialisation et d’exportation de la banane (Acorbanec), citée par le site Bananaexport.

Le conflit au Moyen-Orient a entraîné une baisse du nombre de conteneurs disponibles, sans parler des surtaxes qui sont exigées par les compagnies maritimes pour le carburant et pour le risque encouru.

Pour un pays qui a la capacité d’exporter 6 à 7 millions de cartons par semaine, cette situation entraîne la perte d’importants volumes et la baisse des prix sur le marché spot, c’est-à-dire celui des achats de dernière minute. Sachant qu’en Europe, ils ont déjà perdu 3 % au premier trimestre, selon le baromètre établi par le Cirad, le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement.

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Une perte pour l’Équateur ?

Est-ce une grosse perte pour l’Équateur ? En théorie oui, car la banane est une des principales recettes d’exportation du pays, mais il faut relativiser : l’Équateur a exporté 5 % de plus en janvier et février par rapport à la même période il y a un an après une année 2025 marquée par une hausse de plus de 3 % des exports. Ce qui peut permettre d’atténuer la baisse qui se dessine pour mars et avril. 

L’Équateur reste un géant, qui exporte à lui seul autant que ce que consomment tous les Européens réunis, y compris le Royaume-Uni, et qui a réalisé l’année dernière environ 4 milliards de dollars de chiffres d’affaires grâce à la banane. 

Une année de bonne production

Ce qui « tombe mal » cette année, c’est que le pays a vu ses plantations grossir de 20 000 ha, ce qui implique plus de volumes à exporter. Ce sont finalement ces volumes qui n’étaient pas attendus qui vont pâtir de la situation. Le pays ne va donc pas forcément beaucoup perdre, mais ne gagnera pas autant que ce qu’il espérait.

Le Moyen-Orient est un marché important, qui absorbe 11 % des volumes commercialisés par l’Équateur, selon Acorbanec, l’Association de commercialisation et d’exportation de la banane. Un marché qui n’a plus reçu de bananes pendant plusieurs semaines, ce qui représente des dizaines de milliers de cartons. 

Un secteur très lié à celui du pétrole

À moyen terme, explique Denis Loeillet, économiste de la filière banane au Cirad, c’est toute la filière qui risque de souffrir de la situation actuelle car l’augmentation du pétrole et du gaz se répercute sur le prix des engrais – les plantations de bananes dollars sont très gourmandes –, sur le prix du carburant, mais aussi sur les coûts de murissage – les bananes sont mûries près des lieux de consommation avant d’être livrées en magasin dans des centres qui sont par nature consommateurs d’énergie. 

À tout cela il faut ajouter le coût des emballages en plastique. Denis Loeillet résume : « La banane, c’est du pétrole transformé », autrement dit, quand les cours du brut augmentent, elle devient beaucoup plus chère à fabriquer.

Le risque, c’est que la hausse des coûts de production entraîne un désinvestissement dans les bananeraies, un peu moins d’engrais, un peu moins de traitement contre la cercosporiose, ce qui se traduira dans six mois ou un an, sur les prochains cycles de production.

À écouter dans C’est pas du ventLa banane: le goût de la mondialisation

Source du contenu: www.rfi.fr

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