Alors que la trêve hivernale a été levée il y a quelques semaines en France, des personnes en situation de précarité risquent de gonfler les rangs des plus de 350 000 sans domicile fixe que compte le pays. Face au manque de solutions d’hébergement d’urgence, une association vient en aide à des personnes à la rue grâce à la solidarité des entreprises et de leurs salariés, les Bureaux du Cœur.
Mettre à l’abri une personne à la rue le temps qu’elle trouve un logement, voilà une démarche conforme à la philosophie du CJD, le Centre des jeunes dirigeants. Cette association regroupe 6 000 adhérents, des chefs d’entreprise engagés pour le progrès social, chez qui a germé l’idée de créer en 2020 les Bureaux du cœur, au sein du CJD d’abord. Ils ont ensuite créé l’Association des Bureaux du Cœur.
L’idée part d’un constat : une grande partie de l’année, les locaux des entreprises sont vides. Alors les Bureaux du Cœur mettent en contact des personnes en situation de précarité avec des entreprises adhérentes. Ces dernières les accueillent et les hébergent temporairement dans leurs locaux, le temps qu’elles trouvent un logement pérenne. Un accueil individuel d’urgence le soir et les week-ends, lorsque les bureaux sont inoccupés, ce qui change tout pour les bénéficiaires appelés les « invités ».
Et c’est donc tout naturellement que le CJD aménage dans ses locaux parisiens une pièce dédiée à l’accueil d’urgence des personnes à la rue. « J’avais préparé l’équipe, avec un travail avec l’association La Cloche, explique Christian Andréo, délégué général du CJD, pour permettre d’avoir un petit peu conscience de ce que vivaient les personnes à la rue. Et donc le fait de recevoir quelqu’un s’est imposé comme une évidence, avec un très bel accueil. Puis nous avons fait l’aménagement d’un espace dédié dans les locaux. »
À écouter dans 8 milliards de voisinsFemmes dans la rue : pourquoi sont-elles si invisibles ?
« Les Bureaux du Cœur, ça a changé ma vie »
Le premier invité, autrement dit la personne hébergée, est resté neuf mois. Le deuxième, lui, a passé un an avant d’obtenir un logement autonome à Paris. Il n’est donc pas là pour nous faire visiter son ancien espace de vie. Sur la porte, il est écrit : « Cet espace est privé. Merci de ne pas rentrer. Adama des Bureaux du Cœur loge dans cette chambre. Merci de respecter sa tranquillité. » Christian Andréo nous fait visiter : « Alors dans la pièce, on a le minimum pour être bien. Il y a un point d’eau autonome, il y a un canapé-lit, un petit bureau, un placard qui ferme, décrit le délégué général du CJD. Mais bien entendu, il a accès à la cuisine de l’équipe, à la douche qui est aussi à l’étage. »
Adama, un jeune travailleur de 20 ans, vient juste d’emménager dans son nouvel appartement. Ismaël, lui, est actuellement accueilli dans une autre entreprise parisienne. Ce qui a changé sa vie. « Avant, j’étais à la rue, c’était difficile. Les Bureaux du Cœur, ça a changé ma vie, confie-t-il. Parce qu’en fait, ce qu’ils ont fait, c’est de l’humanité. Ça me touche le cœur. Aujourd’hui, je me sens comme chez moi, je me trouve en sécurité, je suis bien accueilli dans les Bureaux du Cœur et l’entreprise. »
370 entreprises comme celle qui héberge ce Somalien de 25 ans ouvrent leurs portes les soirs et les week-ends à des personnes à la rue, qui leur sont adressées par les Bureaux du Cœur. Depuis sa création en 2020, l’association a hébergé près de 1 000 invités via son réseau d’entreprises solidaires.
À lire aussiEn France, près d’un million de personnes sans logement stable
Source du contenu: www.rfi.fr
