Réjane Pouzoulas y croit. Depuis vingt-cinq ans qu’elle a repris le domaine avec son frère Wilfried, à Rasteau (Vaucluse), la vigneronne de 48 ans produit sur ses 29 hectares uniquement des vins rouges, en bio. Voilà qu’elle entend se mettre au blanc. Pas sur un coup de tête. Elle se dit très motivée, et met en avant la qualité : « On veut faire des blancs tendus, ciselés. » Dans le vacarme de la chaîne d’embouteillage qui tourne à plein, ce mardi 18 février, elle explique pourquoi elle ose une petite révolution : « La plupart de nos clients nous réclament du blanc, la demande est hyperforte, mais on veut réussir, faire de beaux vins. »
La vigneronne n’est pas isolée. L’information est un peu passée inaperçue mais elle est hautement symbolique : pour la première fois en France, en 2023, la production de vins blancs a dépassé celle de rouges. Il y a comme un passage de témoin. Selon la direction générale des douanes et droits indirects, le blanc représentait 13,5 millions d’hectolitres en 2023, en hausse de 10 % par rapport à 2022, quand la production de rouges reculait de 11 %, à 12,8 millions d’hectolitres. Sur cinq ans, le phénomène est encore plus net : + 17 % pour les blancs, − 14 % pour les rouges.
L’évolution est d’autant plus spectaculaire que les vignes plantées en raisins rouges dominent largement celles en blanc (65 % contre 35 %). La raison se trouve essentiellement du côté des vins rosés, concoctés avec des cépages rouges. A l’arrivée, le classement est serré mais clair : « La viticulture française produit désormais 40 % de blanc, 39 % de rouge et 21 % de rosé », explique Caroline Blot, responsable du pôle vins, boissons spiritueuses et cidres à l’Institut national de l’origine et de la qualité (INAO).
Il vous reste 75.87% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
Source du contenu: www.lemonde.fr
