« The Face », l’esprit de provocation à pleines pages

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S’il peut être familier de Vogue ou de Harper’s Bazaar, le grand public français n’a que rarement tourné les pages de The Face. Pourtant, ce mensuel britannique fondé en 1980, interrompu en 2004 et relancé en 2019, fut d’une influence telle qu’il se retrouve actuellement mis à l’honneur à Londres, dans une exposition à la National Portrait Gallery. Comment mieux signifier que les sales gosses d’hier, affamés de culture underground, ont marqué leur époque grâce à leur mix de musique post-punk et de mode étourdissante ? Rythmé par les commentaires du fondateur, Nick Logan, l’accrochage pose The Face comme « l’inventeur d’un nouveau genre : le magazine de style ».

A l’entrée, trois murs sont entièrement tapissés de couvertures mémorables d’idoles décoiffantes : Nirvana, Daft Punk, Kylie Minogue, Oasis, Alexander McQueen, Jean Paul Gaultier, Keanu Reeves… Mais les stars véritables s’avèrent être les photographes. Qu’ils s’appellent Jamie Morgan, Sheila Rock, Jean-Baptiste Mondino, David LaChapelle, Corinne Day ou Juergen Teller, ce sont ces faiseurs d’images non conventionnelles ou carrément trash qui ont façonné l’identité du titre.

Au fil des ans, la mosaïque de leurs expérimentations – 200 sont affichées – dessine le portrait sous acide d’une jeunesse qui fait alterner rock, house et hip-hop, conspue la haute société, redoute de devenir mainstream et fait le deuil, en pleine épidémie de sida, d’une sexualité débridée. Pour la représenter, l’équipe de journalistes, stylistes, photographes, coiffeurs, maquilleurs ou retoucheurs placent des mannequins filiformes dans des décors post-industriels malpropres, montrent les vedettes sans pincettes (Ryan Gosling en train de fumer ou Edward Norton de grimacer) et électrisent les pages de mode avec des effets de surimpression, des lumières brutes et des découpages francs de l’entrejambe ou de la tête des modèles…

A rebours d’un formalisme de papier glacé, cette attitude frondeuse, aujourd’hui rare dans le paysage de la presse, reste en mémoire une fois la visite achevée.

« The Face Magazine : Culture Shift », National Portrait Gallery, St Martin’s Place, Londres. Jusqu’au 18 mai. npg.org.uk

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Source du contenu: www.lemonde.fr

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