Chantre d’un optimisme à toute épreuve, Pangloss, précepteur de Candide dans l’œuvre de Voltaire de 1759, multiplie les phrases toutes faites. Pour lui, « les nez ont été faits pour les lunettes ; aussi avons-nous des lunettes ». Quoi que Pangloss en dise, ces dernières ont surtout été inventées pour corriger un défaut de vision ou améliorer le confort de la lecture.
Les historiens peinent encore aujourd’hui à leur attribuer une paternité précise, mais ils se sont tout de même mis d’accord pour affirmer que les montures telles qu’on les connaît seraient nées dans le courant du XIIIe siècle, en Italie. Aux savants, religieux et autres penseurs, les fines bésicles. Aux élégants, les formes alambiquées – voire purement décoratives.
Deux modèles du genre, issus d’un trésor princier inconnu, ont été mis en vente par la maison d’enchères Sotheby’s, à Londres, en octobre 2021 : le « Gate of Paradise », dont les verres auraient été taillés dans une émeraude colombienne de plus de 300 carats, avant d’être sertis dans une monture en argent, or, et diamants, et le « Halo of Light », fabriqué à partir d’un seul diamant de 200 carats, découvert dans les mines de Golconde, en Inde. Estimées entre 1,5 et 2,5 millions de livres (1,7 et 2,9 millions d’euros) chacune, ces lunettes bijoux, n’avaient à l’époque pas trouvé preneur.
Idoles musicales
Pourtant, les montures ornées de pierres ou d’or attirent les regards depuis longtemps. En 1985, fraîchement opérée d’un problème de vue, c’est protégée par une paire de solaires « casque » strassée que Dalida prend la pose. Le modèle est signé Alain Mikli, designer français de lunettes et d’accessoires qui ne recule devant aucune fantaisie. Les années 1980 sont d’ailleurs synonymes d’extravagance : d’Elton John à Grace Jones, la flamboyance est de mise dès lors qu’il s’agit de poser des lunettes sur le bout de son nez.
Autres décennies, autres idoles musicales : symboles d’un certain statut social, les lunettes du joaillier Cartier ont eu, à la fin des années 1990, les faveurs des rappeurs – avec sa monture en corne de buffle blanc, le modèle Décor a d’ailleurs fait le bonheur des musiciens de Detroit.
Quant à Tupac, il préférait une paire finement cerclée d’or signée Jean Paul Gaultier. L’essentiel étant, évidemment, de se distinguer. C’est d’ailleurs ce qui fait des lunettes un accessoire à part. Et un élément déterminant du style de chacun.
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