En 1936, Salvador Dalí dessine, sur une robe de plage en organdi blanc cassé signée Schiaparelli, un homard, agrémenté de quelques brins de persil. Toujours prompt à la plaisanterie, le peintre surréaliste espagnol suggère à la créatrice de présenter sa robe – issue de la collection haute couture printemps-été 1937 – auréolée de quelques taches de mayonnaise, pour rendre le tout plus savoureux. Elsa Schiaparelli refuse, les folies ont leurs limites.
L’histoire de la robe homard ne s’arrête pas là, et se teinte d’un vernis de scandale avec Wallis Simpson. La future épouse du roi Edward VIII d’Angleterre (qui abdiquera par amour pour elle) a en effet jeté son dévolu sur la création d’Elsa Schiaparelli pour rejoindre son trousseau de mariée. Et décide de l’enfiler le temps d’une séance avec le photographe Cecil Beaton, pour Vogue. Mais le placement osé du crustacé, dont le rouge écarlate tranche avec le blanc virginal de l’étoffe, ainsi que sa charge érotique déplaisent aux Anglais, déjà très remontés contre l’impudente Américaine. Qu’importe, cette dernière sait qu’elle a déjà marqué l’histoire.
Scandale mis à part, la collaboration de Salvador Dalí avec Elsa Schiaparelli est un parfait exemple de la façon dont l’imprimé figuratif s’est, au fil des siècles, installé durablement dans l’histoire du vêtement. Par figuratif, comprendre ce « qui est la représentation réelle de quelque chose, par opposition à ce qui est représenté sous formes de symboles ou de plan », nous apprend le Larousse.
Son usage par l’industrie textile ne date pas d’hier. Dès le XVIIIe siècle, la bourgeoisie affiche, dans son intérieur comme sur ses tenues, des scènes bucoliques empreintes de romantisme. C’est la mode de la toile de Jouy, cette étoffe de coton dont les motifs, représentant des personnages, décors ou paysages, se déclinent en rouge, bleu ou vert selon les goûts. Au siècle suivant, l’essor de l’impression textile industrielle permet de diversifier les motifs.
Si elle sait créer ses propres imprimés (animaux, fleurs… tout y passe), la mode n’a jamais hésité à piocher allègrement dans l’histoire de l’art. Des œuvres pop art d’Andy Warhol, utilisées pour la première fois par Gianni Versace en 1991, à la collection femme printemps-été 2026 de Louis Vuitton, parsemée de paysages peints par l’artiste français Laurent Grasso, l’imprimé figuratif et ses déclinaisons n’ont pas fini de tisser leur toile.
Source du contenu: www.lemonde.fr
