Peu connu en France, le xérès – jerez, en espagnol, sherry, en anglais – est couramment associé au vinaigre. Quand il n’est pas confondu avec le porto ou le madère, ses deux lointains cousins. Mais les habitués des bars à cocktails, où il s’offre aujourd’hui une nouvelle jeunesse, auront sans doute noté qu’il s’agit en réalité d’un puissant vin blanc originaire d’Andalousie aux arômes subtils.
Deux caractéristiques majeures façonnent son identité : un cépage dominant, le palomino fino, particulièrement résistant à l’âpreté du climat andalou, et un élevage en solera, une méthode de vieillissement qui consiste à assembler des vins jeunes à des vins plus vieux par un système d’empilement de fûts. Généralement secs, ces nectars délicats sont soit de voile, c’est-à-dire volontairement oxydés (fino, manzanilla), soit fortifiés (oloroso, pedro ximénez), soit réalisés selon les deux procédés (amontillado, palo cortado).
Les bartenders sont aujourd’hui les meilleurs ambassadeurs du xérès. Ils mettent à profit sa vaste palette aromatique pour apporter du relief à leurs créations. Ainsi du savagnin martini proposé au bar Classique (Paris 9e), dont les notes oxydatives et iodées de la manzanilla se mêlent parfaitement au saké, en accord avec des huîtres. Dans le cadre d’une collaboration avec Le Meurice (Paris 1er), Margot Lecarpentier propose le midori, fondé sur une association entre un fino sherry et une liqueur de melon japonaise. Chez Cravan (Paris 6e), avec son jungle, Franck Audoux twiste joliment le dry martini en ajoutant au duo gin-vermouth une pointe de palo cortado, qui apporte une légère rondeur, de belles notes de fruits secs et beaucoup d’élégance. On est très loin de la piquette.
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