Pour les néophytes, c’est un sac de luxe tout ce qu’il y a de plus classique. Grand, pratique, chic. Mais pour Tom Wambsgans (Matthew Macfadyen), l’un des protagonistes de la série Succession (2018), c’est un outrage. Signé Burberry, reconnaissable par ailleurs à son célèbre motif à carreaux, ce cabas extra-large est selon ses mots « ridiculement grand », « gargantuesque ». Tape à l’œil, il n’a absolument pas sa place dans le monde très feutré de la famille Roy, où tout n’est que luxe discret. Inutile de dire que celle qui le porte, une dénommée Bridget, ne sera pas réinvitée de sitôt à l’une de leurs petites sauteries familiales.
Le sac grand format a pourtant eu très vite les faveurs des dames, en témoigne un numéro de 1926 de la revue Les Spectacles. L’autrice y évoque alors des « sacs de campagne » qui « contiennent tant et tant de choses qu’ils méritent l’appellation de sacs extensibles. Ne doivent-ils pas être tout à la fois un sac à main, c’est-à-dire celui qui recèle les mille accessoires nécessaires à notre coquetterie, le porte-monnaie, etc., un sac à ouvrage… Parfois un sac à provisions. Quand elles sont en villégiature, les femmes adorent aller au marché, c’est une des distractions locales. Pour remplir ces multiples offices, les sacs doivent donc être très grands ». La mode s’est évidemment depuis employée à retravailler le sac XXL sous bien des formes. Notamment en le rétrécissant d’un coup de baguette magique.
Pour son défilé printemps-été 2000, Miuccia Prada s’était ainsi inspirée du sac de bowling, proposant un modèle à la forme incurvée et aux anses allongées. Imaginé pour les amateurs de ce jeu, le bowler bag, son petit nom américain, était à l’origine pensé pour contenir au moins une boule, une paire de souliers et autres accessoires nécessaires à la pratique de ce sport. Dans les années 1950, il est détourné de ses fonctions par les voyageurs, qui le plébiscitent pour son côté très pratique. Revisité par Prada, donc, puis par Dior ou Louis Vuitton, le sac de bowling est devenu un it bag. Un terme conceptualisé par la journaliste Suzy Menkes dans le courant des années 1990. Alors rédactrice pour l’International Herald Tribune, elle décrivait « a bag that does it for you » – soit un sac qui « le fait à votre place ». Et le fait si bien qu’il devient indispensable.
Même réduit, le sac de bowling est de nouveau incontournable aujourd’hui, après des années d’hégémonie du micro-format. Sa taille permet, selon ses adeptes, d’y glisser le nécessaire et plus encore. Le modèle le plus désirable du moment a pour nom Margaux et pourrait, une fois n’est pas coutume, plaire aux personnages de Succession. Taillé dans un cuir luxueux, dénué de tout logo et autres imprimés tapageurs, ce modèle signé The Row est l’emblème ultime du quiet luxury. Preuve que l’on peut porter un fourre-tout et avoir de l’allure.
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