La renaissance du patchouli de Réminiscence, parfum vivant et animal

Date:

Le patchouli a longtemps traîné une mauvaise réputation. Celle des demi-mondaines du Second Empire, familièrement appelées « cocottes », dont le baume opulent heurtait les nez délicats – et d’où vient le verbe « cocotter ». Tout le monde a également oublié que, lorsque les journaux d’extrême droite voulaient décrédibiliser Léon Blum dans les années 1930, ils écrivaient qu’il se parfumait au patchouli (preuve, selon eux, qu’il n’était pas un « bon » Français). Il fallait donc une certaine audace pour donner le nom de cette odeur sulfureuse à un parfum.

En 1970, dans l’insouciance de l’époque, Réminiscence ose cette provocation. La toute jeune marque de bijoux fantaisie, qui célèbre l’hédonisme du Sud, est fondée à Antibes-Juan-les-Pins (Alpes-Maritimes) par la coiffeuse Zoé Coste et le photographe Nino Amaddeo. Avec ce parfum né de leur goût du voyage et de leur passion pour l’Orient, le duo rend un hommage presque « solifloral » à la senteur libertaire rapportée d’Asie par les hippies.

La première fragrance de la marque contient une quantité invraisemblable d’essence de patchouli. La gamme olfactive de la feuille de cette plante tropicale (Pogostemon cablin) originaire d’Indonésie s’y exprime comme dans aucun autre parfum : boisée, terreuse, fumée, tabacée, liquoreuse, très légèrement cacaotée. Après la disparition de Zoé Coste, en 2007, Réminiscence est revendue et finit par disparaître des radars faute d’une stratégie de distribution digne de ce nom, même si les aficionados finissent toujours par dénicher un flacon dans une parfumerie de quartier.

Cultiver le mythe

Reste le souvenir de ce patchouli à la fois sauvage et sophistiqué, riche de tout ce qu’on peut extraire de la feuille magique. Une senteur incomparable, dont les parfumeurs continuent de cultiver le mythe, à l’image de Bruno Jovanovic qui, lorsqu’il compose Monsieur (Editions de parfums Frédéric Malle), n’hésite pas à s’y référer.

En 2024, Gaëlle de Prunelé et David Lozano, deux amoureux de Réminiscence et spécialistes de la distribution, reprennent le récit là où il s’est arrêté. A leur demande, la société grassoise Robertet, leader mondial des extraits naturels et partenaire historique de la marque, repart des formules originelles et présente une collection de 12 fragrances. Certaines garanties d’époque (Rem, concentré du soleil de Saint-Barth), d’autres créées cinquante ans plus tard dans l’esprit de la maison (Sous un mimosa de Provence, Macaron d’amour).

Mais c’est Le Patchouli (l’article défini a été ajouté) qui concentre tous les regards. Le seul a n’avoir jamais eu de successeur. A un ou deux détails près, le millésime 2025 ressemble exactement au souvenir qu’on en a gardé : vivant, animal. Le parfum d’une certaine utopie.

Le Patchouli, Réminiscence, 106 € les 100 ml.

Réutiliser ce contenu

Source du contenu: www.lemonde.fr

Share post:

Populaire

More like this
Related