Terrain de jeu favori des amateurs de sensations fortes et de grand air, les pistes de ski ont aussi fait les belles heures de la philosophie. Dans La Société de consommation (Denoël, 1970), Jean Baudrillard s’insurge contre la station de sport d’hiver, qui « reprend ce modèle “universaliste” du drugstore : toutes les activités y sont résumées, systématiquement combinées et centrées autour du concept fondamental d’“ambiance”. (…) Nous sommes au point où la “consommation” saisit toute la vie, où toutes les activités s’enchaînent sur le même mode combinatoire, où le chenal des satisfactions est tracé d’avance, heure par heure, où l’environnement est total, totalement climatisé, aménagé, culturalisé ».
Jean-Paul Sartre, lui, voyait dans la pratique du ski une façon d’éprouver sa liberté et de s’approprier son environnement, comme il l’explique dans L’Etre et le Néant (Gallimard, 1943) : « C’est mon champ de neige : je l’ai cent fois parcouru, cent fois j’ai fait naître en lui par ma vitesse cette force de condensation et de soutien, il est à moi. »
Nul philosophe ne s’est penché sur le sujet de la tenue de ski, qui tient pourtant une place centrale dès lors que cette activité se développe. Quelques têtes brûlées se risquent sur les pistes dès la seconde moitié du XIXe siècle, mais c’est dans l’entre-deux-guerres que les sports d’hiver commencent à faire recette.
Couleurs flamboyantes (pour ne pas dire criardes)
Alors réservés à une élite, dans de petits villages de montagne transformés en stations huppées, ils inspirent de nombreux couturiers. Dans le courant des années 1930 naissent ainsi les premiers uniformes de ski, composés d’une veste et d’un pantalon, signés Hermès, Elsa Schiaparelli – qui, en 1927, a même ouvert la boutique Pour le sport, rue de la Paix – ou Véra Boréa, comtesse italienne devenue couturière.
Si on note la présence de la combinaison d’un seul tenant dans le courant des années 1950, ce sont bien les années 1980 qui vont la mettre à l’honneur. Gagnées par le tourisme de masse, les montagnes accueillent skieurs amateurs et confirmés, qui descendent les pistes vêtus de matières synthétiques aux couleurs flamboyantes (pour ne pas dire criardes).
Impossible ici de ne pas citer Les bronzés font du ski (1979), qui offre toute une palette, de l’orange au rouge en passant par le rose ou le bleu pastel. Régulièrement revisitée pour s’adapter aux performances des skieurs et skieuses et intégrer les dernières innovations textiles, la combinaison de ski attire de nouveau l’attention des géants du luxe.
Ces derniers s’emploient, depuis quelques années, grâce aux lignes capsules (Coco Neige pour Chanel, Giorgio Armani Neve, LV Ski pour Louis Vuitton), à redonner à ce vêtement sportif une allure plus habillée, permettant de passer en un clin d’œil des pistes aux soirées d’après-ski.
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