L’ancien chef du service de la conservation régionale des monuments historiques, ayant participé au sauvetage des œuvres de Notre-Dame le soir de l’incendie, conditionne la réception de sa distinction au maintien des vitraux de Viollet le Duc.
Refuser les honneurs de la Nation, et l’ordre du Mérite? Dans un long message publié sur le réseau social LinkedIn, Antoine Marie Préaut, ancien chef de service de la conservation régionale des monuments historiques, et actuellement inspecteur général des affaires culturelles, met les pieds dans le plat. « Je forme le vœu d’un mérite qui ne soit pas celui du désaveu, et recevrai cette décoration avec humilité et non sans allégresse lorsque l’incertitude qui pèse sur les vitraux épargnés de Notre Dame aura été levée », déclare-t-il.
Une longue liste de personnalités ayant œuvré pour Notre-Dame de Paris a établi pour recevoir l’Ordre du Mérite ou de la Légion d’Honneur. Outre Préaut, qui s’est mobilisé au soir de l’incendie pour sortir les œuvres des décombres, figurent au journal officiel du 19 janvier, des noms comme ceux de Philippe Jost, président de l’établissement public, Laurent Prades, régisseur de Notre-Dame, Julien le Bras, président d’une entreprise de charpente, ou Didier Cuiset, directeur d’Europe Échafaudage.
En dehors d’Antoine Marie Préaut, personne ne semble s’en offusquer – sauf pour dire que d’autres, peut-être- auraient également mérité d’en être. Ce mérite, c’est celui «des dizaines de professionnels architectes, conservateurs, techniciens, scientifiques, compagnons, entrepreneurs, agents de la Préfecture, du C2RMF, du LRMH, du Louvre, du Mobilier national, de la DRAC (qui) ont accepté de bouleverser leur quotidien et d’associer leurs connaissances tout autant que leurs compétences pour faire en sorte que Notre-Dame ne subisse pas d’autres pertes ou dommages que ceux causés par l’incendie », rappelle Antoine Marie Préaut, dans son message.
À lire aussi
Les vitraux contemporains de Notre-Dame seront confiés à la peintre Claire Tabouret
Mais le courroux de l’inspecteur général se centre sur l’affaire de la commande de vitraux contemporains faite par la présidence de la république et l’archevêché de Paris. Avant Noël, l’artiste Claire Tabouret a été chargée de créer six grandes baies pour les six chapelles sud de la cathédrale. Son travail remplacera des vitraux créés par Eugène Viollet le Duc, et épargnés par l’incendie. Lorsqu’il était en charge du patrimoine au cabinet de Rima Abdul Malak, entre mars 2023 et janvier 2024, Préaut faisait partie des opposants discrets au projet présidentiel.
Mettant aujourd’hui en avant son «engagement dans la sauvegarde de ce qui fait l’authenticité» de la cathédrale, parlant d’un «serment du patrimoine» consistant à transmettre le monument aux générations d’après, il affirme donc qu’il ne souhaite pas être décoré tant que la commande suit son cours.
Près de 275 000 personnes ont signé une pétition contre les vitraux contemporains. L’association de défense du patrimoine, Sites et Monuments, s’est dit de son côté prête à déposer un recours devant le tribunal administratif de Paris pour bloquer leur installation.
Source du contenu: www.lefigaro.fr
