Joseph Perrier fête ses 200 ans cette année. Ce n’est pas la plus ancienne des maisons de champagne – Ruinart a vu le jour en 1729, Moët (devenu Moët & Chandon) en 1743, Abelé en 1757, Lanson en 1760 ou Veuve Clicquot Ponsardin en 1772. Mais Joseph Perrier peut se targuer d’être la seule grande maison installée à Châlons-en-Champagne quand la plupart des marques prestigieuses sont situées autour de Reims et d’Epernay (Marne).
Au XIXe siècle, le phylloxéra a eu raison de la quasi-totalité du millier d’hectares de vignes qui entourait Châlons. Des maisons sont parties, comme Jacquesson à Dizy, près d’Epernay, Joseph Perrier est resté. La maison est adossée à une colline de craie sous laquelle courent 7 kilomètres de caves, et commercialise autour de 1 million de bouteilles par an, exportées à 70 %. « Je préfère être le roi ici que petit prince ailleurs », assure Benjamin Fourmon, 40 ans, PDG de la marque. Joseph Perrier, c’est 24 hectares en propriété et 110 hectares en approvisionnement. La ville elle-même a voulu renouer avec sa splendeur viticole d’antan, retrouvant en 1995 son nom de Châlons-en-Champagne, après avoir été nommée Châlons-sur-Marne vers 1850.
La longue histoire de la maison est marquée par une éloquente succession d’hommes, de François-Alexandre et Joseph Perrier, père et fils, voici deux cents ans, donc, à la famille Fourmon, Jean-Claude, puis son fils Benjamin aujourd’hui, en passant par les Pithois – Pierre, Roger, puis Georges. Mais c’est une femme qui marque le renouveau de la maison châlonnaise : la cheffe de cave Nathalie Laplaige, 47 ans, a concocté son premier millésime en 2018, après un long passage chez Canard-Duchêne. Un beau vintage, d’ailleurs, 81 % de chardonnay et 19 % de pinot noir, élégant et fin (69,90 euros).
Depuis, les projets se sont bousculés : travail important sur les dosages, analyse plus précise des moûts, mise en place d’un comité de dégustation et renforcement des liens avec la trentaine de vignerons partenaires… « On a aussi changé la gamme de nos vins. J’ai demandé, par exemple, à faire une cuvée royale rosée plus fruitée, plus gourmande, à la place des deux rosés plutôt vineux », raconte Nathalie Laplaige. « Notre modernité, c’est aussi la mise en avant des parcellaires », ajoute Benjamin Fourmon. En fût encore, un ratafia qui attend depuis trois ans. Sans oublier « 200 », la cuvée majestueuse du bicentenaire, issue de la vendange 2015 : des fruits, des fragrances florales et des arômes miellés (295 euros).
La maison Joseph Perrier aime rappeler une histoire riche – en 1889, elle devient le fournisseur de la reine d’Angleterre et de son fils, Edouard VII – mais aussi sa capacité à évoluer en restant accessible. « Il faut garder à l’esprit que le champagne est avant tout une boisson de fête », conclut Benjamin Fourmon.
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