A la fashion week de Paris, des créateurs en mode débrouillardise

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Prototypes sophistiqués, savoir-faire industriels, décors éphémères sortis de terre pour quinze minutes de défilé : les grandes maisons aiment bâtir de toutes pièces un univers pour épater leur monde. Les designers indépendants de la fashion week parisienne automne-hiver 2026-2027, en cours jusqu’au 10 mars, qui n’ont pas les ressources nécessaires pour de telles prestidigitations, offrent une autre perspective : un éloge de la débrouillardise et du do it yourself.

« Ce qui compte, c’est de faire quelque chose de ce que l’on a. Et, souvent, ce que l’on a peut suffire », affirme Ellen Hodakova Larsson, en marge de son défilé au Carrousel du Louvre, le 2 mars, premier jour de la semaine de la mode. Sa démonstration consiste à faire feu de tout bois. Par la grâce d’une exécution au cordeau, une nappe immaculée devient une tunique virginale et une chaise Louis XV, à l’assise en jacquard de velours dépliée, s’enfile comme une robe. Un miroir fait office de chouchou dans les cheveux tandis que deux tasses en porcelaine, assemblées en soutien-gorge, moulent la poitrine.

Hodakova.

Cette veine conceptuelle, nourrie de références (trop) explicites à Martin Margiela (détournement de ceintures ou de perruques peroxydées) et à Hussein Chalayan (l’idée d’un vêtement-meuble), s’enrichit de silhouettes à double lecture. Ainsi, des trenchs, des pantalons de tailleur, des manteaux en fausse fourrure ou des pulls épaulés qui semblent BCBG à l’avant laissent l’arrière à découvert, dos et jambes nus, caleçon blanc ou bleu layette pour seul habit. « On se présente au monde à travers des archétypes : il y a toujours la surface et, dessous, la personnalité véritable », commente la Suédoise.

« Le do it yourself, c’est la meilleure réponse à la production de masse », affirme Marie Adam-Leenaerdt. La Bruxelloise, dont c’est le septième défilé à Paris, propose cette saison un mix détonant, volontairement foutraque, « un peu comme si chaque mannequin avait exécuté un patron dans le tissu de son choix », résume-t-elle.

Démocratiser les défilés

Des robes de princesse, répliques ou réinterprétations de modèles chinés pour quelques euros sur Vinted, croisent des manteaux réversibles douillets comme des couettes, des ensembles en maille usés, un sac à main zébré, des escarpins en faux python, un cardigan jaune pop-corn et des jupes patchwork agglomérant sans scrupule léopard, soie vert pomme, popeline vichy et motifs fleurette. Une jupe fendue en vinyle se ceinture à la va-vite d’un épais lien de velours. Une autre, nouée à la manière d’une serviette de plage, est même imprimée d’un patron générique qui donne les indications pour le découper afin de se bricoler un tablier.

Marie Adam-Leenaerdt.
Marie Adam-Leenaerdt.

La collection du duo néerlandais Zomer – inscrit depuis un an seulement au calendrier officiel – n’a pas débuté par un voyage d’inspiration aux confins du monde, ni par un concept. « On a demandé à chaque membre de l’équipe d’apporter son ou ses vêtements préférés au studio, à Paris. Et pendant deux jours on a fait des sessions d’assemblage », raconte Danial Aitouganov, fondateur du label avec Imruh Asha. De là, l’inspiration d’une collection-collage, drapée et joyeuse.

Superposition de chemises aux manches qui rebiquent, manteaux-capes deux-en-un, robes-tabliers, duffle-coat vermillon mutant en jupe ou montres Casio s’échappant d’une poche témoignent d’un goût pour l’expérimentation et composent une garde-robe chamarrée, guidée par les affects. « Les imprimés floraux kitsch, par exemple, viennent de ma mère », avoue Danial Aitouganov. Le 3 mars, au Théâtre du Châtelet, à rebours des shows sélectifs des maisons établies, Zomer a ouvert les portes : 1 000 places gratuites ont été attribuées à des curieux, en collaboration avec La Watch Party, initiative qui cherche à démocratiser l’expérience du défilé. Comment mieux signifier que, dans la mode, chacun peut jouer ?

Source du contenu: www.lemonde.fr

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