A la fashion week de Milan, les nouvelles stratégies de Fendi et de Marni

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A Paris, l’année 2025 a été marquée par les changements : les plus grandes maisons de mode, parmi lesquelles Dior, Chanel ou Balenciaga, ont montré la première collection de leur nouveau créateur. A Milan, la même renaissance stylistique a eu lieu, mais de manière plus étalée. Et cette fashion week automne-hiver 2026-2027, qui s’y déroule du 24 février au 2 mars, comporte encore son lot de surprises. Avant que Demna ne dévoile le 27 février son projet pour relancer Gucci, deux nouvelles directrices artistiques ont présenté leur vision : Maria Grazia Chiuri chez Fendi et Meryll Rogge pour Marni.

Si Maria Grazia Chiuri a été nommée à la tête de Fendi en octobre 2025, elle n’est pas pour autant novice dans la maison. La Romaine y a commencé sa carrière en 1989 et a travaillé dix ans au département accessoires, contribuant à l’élaboration du it-bag Baguette. Par ailleurs, entre 2016 et 2025, elle a été directrice artistique des lignes féminines de Dior, qui, comme Fendi, appartient à LVMH.

Pour son défilé inaugural, le PDG du groupe de luxe Bernard Arnault était présent avec sa femme, Hélène, et son fils Frédéric, une manière de soutenir la designer dont le départ de Dior, en mai 2025, avait été houleux. Et d’affirmer la position stratégique de Fendi au sein du groupe, qui pourrait servir de relais de croissance à un moment où les ventes de Dior et de Louis Vuitton ralentissent.

En homme d’affaires avisé, Bernard Arnault a dû apprécier une collection qui, d’un point de vue commercial, coche toutes les cases : un tailleur impeccable décliné en deux versions (veste droite ou cintrée), des robes adaptées aussi bien pour le bureau que les soirées (mi-longues, légèrement décolletées, en soie, velours ou laine), des pantalons de costume et des jupes fendues pour impressionner, des jeans et des pantalons zippés plus décontractés, des manteaux chauds, parfois en (vraie) fourrure… En regardant ces 80 looks, dont certains masculins, on imagine très bien comment ils pourraient joliment garnir une boutique.

Maria Grazia Chiuri, qui faisait déjà preuve de pragmatisme chez Dior, va encore plus loin chez Fendi, où l’efficacité du vestiaire est soulignée par sa couleur, majoritairement noire. « Tout le monde porte du noir, et je ne vais pas mettre des couleurs juste pour faire de jolies images sur Instagram. Je ne considère pas la mode comme un divertissement, mais comme un travail. Je veux concevoir des vêtements que les gens portent vraiment », justifie la créatrice de 62 ans.

L’Italienne reste aussi fidèle à sa volonté de mettre en avant les femmes. Plutôt que de ressasser les cinquante-quatre années que Karl Lagerfeld a passées en tant que directeur artistique, elle préfère évoquer les cinq sœurs Fendi qui le recrutèrent, et qui pilotèrent la marque de l’après-guerre aux années 1990. « Ces femmes avaient une vision précise de ce que devait être Fendi et en étaient l’incarnation naturelle. Elles étaient très élégantes, mais travaillaient et devaient donc s’habiller de manière fonctionnelle », relate-t-elle

Maria Grazia Chiuri adapte un peu sa recette Dior à la maison romaine, se débarrassant de ce qui pourrait nuire à son efficacité − pas de discours sur la mode, rien de superflu dans les coupes. On peut être nostalgique des expérimentations plus hasardeuses de sa prédécesseure, Silvia Venturini Fendi, qui livrait régulièrement d’excellentes collections. Il est en tout cas notable qu’après neuf ans de collaboration avec Maria Grazia Chiuri Dior a choisi un créateur très conceptuel, Jonathan Anderson, pour la remplacer. La mode est une affaire de cycles.

Gros sequins en nacre

« J’ouvre un troisième chapitre », affirme quant à elle Meryll Rogge qui, en juillet 2025, a remplacé Francesco Risso chez Marni. L’Italien avait lui-même succédé à la fondatrice, Consuelo Castiglioni, après son départ à la retraite, en 2016. Pendant près de dix ans, Francesco Risso a proposé une mode très expérimentale, sculptant et déstructurant les tenues aux imprimés colorés, emblématiques de la maison.

Le choix de Meryll Rogge laissait supposer que la griffe, détenue par le groupe italien OTB, voulait revenir à une proposition moins loufoque : la créatrice belge de 41 ans a fait carrière chez Marc Jacobs, puis chez Dries Van Noten, où elle a copiloté le lancement des parfums et des produits de beauté. En plus de travailler pour d’autres, elle a monté la marque qui porte son nom et défile à la fashion week de Paris.

« Marni est un label que j’ai adoré quand j’étais ado, et qui a formé mon goût pour la mode. Je voulais revenir à ces souvenirs et aux origines », explique celle qui s’est plongée dans les archives de la maison. Pour les couleurs, elle s’est inspirée de la palette sobre des trois premières collections de Consuelo Castiglioni (de 1994 et 1995). Pour le style, elle s’est concentrée sur le Marni du tournant du millénaire.

Cela l’a convaincue de remettre au goût du jour une panoplie de manteaux, robes et jupes, qui s’arrêtent aux genoux, les agrémentant de coutures décoratives ou de rivets métalliques. Elle a décliné les pois signature sous forme de gros sequins en nacre cousus sur des jupes, de boutons argentés parsemant une robe de cuir ou de trous réguliers dans un pull.

Sans coup d’éclat, Meryll Rogge propose des pièces fantaisistes, mais portables, qui pourraient attirer une large clientèle. Et esquisse les contours d’une garde-robe cohérente, évoquant autant son travail pour sa marque que celui de Consuelo Castiglioni. « Je voulais proposer une collection rassurante pour les gens qui connaissent très bien Marni. Mais aussi surprenante, pour montrer qu’on peut faire autre chose que ce qu’on connaît déjà », résume la créatrice, qui maîtrise l’art du compromis.

Source du contenu: www.lemonde.fr

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