«Nous ne sommes plus que des citoyens de seconde zone» : au Tibet, reportage auprès d’un peuple condamné et d’une culture bâillonnée

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ENQUÊTE – À l’heure où la deuxième puissance mondiale n’a jamais été aussi influente à l’extérieur ni aussi menaçante envers ses minorités, nos reporters ont bravé la censure de Pékin pour voyager au Tibet central en caméra cachée.

Telle une métaphore de la tragédie tibétaine en cours, peut-on encore croire au mythe de Shangri-La, ce havre de sagesse caché dans une vallée oubliée de la haute Asie ? Sur le vol qui nous emmène à Lhassa depuis Pékin, seul moyen de se rendre au Tibet, les chaînes de montagnes défilent à travers le hublot, dans un glissement immobile. Vu du ciel, le Toit du monde semble coller à l’image d’Épinal : un désert de haute altitude, éthéré et comme figé dans le temps. Pourtant, cela fait belle lurette que cette image de « zénitude » a volé en éclats. Depuis octobre 1950 précisément, date de l’invasion militaire du Tibet ordonnée par Mao Zedong, coïncidant avec le premier anniversaire de la proclamation de la République populaire de Chine.

Soixante-quinze ans plus tard, que reste-t-il de cette civilisation unique, et de cet immense territoire, face au rouleau compresseur de la sinisation, d’une extrême brutalité ? Pour les autorités tibétaines en exil, comme pour les tibétologues…

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