Une opération, baptisée «protéger la patrie», est en cours depuis le 5 décembre pour y affermir la mainmise de Mahmoud Abbas.
La Cisjordanie ressent à son tour la secousse régionale causée par le raid antisémite du Hamas le 7 octobre. Une vaste opération militaire, baptisée «protéger la patrie», est conduite par les forces de sécurité de l’Autorité palestinienne (AP) depuis le 5 décembre. Ramallah, où siègent Mahmoud Abbas et son administration, veut raffermir son contrôle dans plusieurs villes, notamment dans le camp de réfugiés de Jénine. Ce dernier est de facto dirigé par plusieurs factions, dont les Brigades de Jénine, une faction armée palestinienne. L’AP craint un scénario similaire à la chute du régime syrien, tombé sous les coups de boutoir de Hayat Tahrir al-Cham (HTC).
Quatorze personnes ont trouvé la mort dans cette opération militaire, selon un décompte de l’Agence France-Presse, dont six membres des forces de sécurité – l’Autorité palestinienne ne possède pas d’armée. Ces combats seraient même les plus violents depuis la bataille de Gaza en 2007, où le Hamas avait chassé le Fatah – le parti de Mahmoud Abbas – et l’AP de l’enclave pour en prendre le contrôle. Le 1er janvier 2025, Al-Jazeera, qui rapportait plusieurs violations des droits humains au cours des opérations, a vu sa diffusion suspendue pour quatre mois. «Cette décision intervient en réponse à l’insistance d’Al Jazeera à diffuser des contenus et reportages caractérisés par de la désinformation, de l’incitation à la sédition et de l’ingérence dans les affaires internes palestiniennes», a expliqué l’agence de presse officielle Wafa.
Plusieurs raids
Les affrontements ont débuté à la suite d’une descente des forces de sécurité de l’Autorité palestinienne le 5 décembre pour arrêter au moins un membre des brigades de Jénine. Ce groupe ultraviolent combat régulièrement l’armée israélienne, et avait attaqué le siège de l’AP en juillet dernier, au cours de combats interpalestiniens en Cisjordanie. Ramallah a demandé un soutien aux États-Unis dans leur opération, comme le rapporte Axios . Plusieurs incursions ont été lancées début décembre, Mahmoud Abbas ayant menacé de licencier les chefs qui refuseraient de combattre. Des accès au camp de Jénine sont surveillés par les forces de sécurité de l’AP.
À l’intérieur du camp, plusieurs manifestations ont été organisées en soutien aux factions rebelles, selon Al-Jazeera. L’UNRWA, l’agence de l’ONU chargée des réfugiés palestiniens, soupçonnée de collusion avec le Hamas, a annoncé suspendre ses services pendant l’opération militaire. L’Autorité palestinienne a également conduit plusieurs raids dans d’autres villes : Naplouse, Tulkarem, Tammoun et Tubas. Toutefois son effort se porte surtout sur Jénine.
Depuis près de 20 ans, plusieurs factions palestiniennes se sont disputé le pouvoir en Cirsjordanie. En 2006, le Hamas remporte les élections législatives après avoir emporté les municipales. Mahmoud Abbas, élu président en 2005, appelle à la formation d’un gouvernement par Ismaël Haniyeh, tué à Téhéran par Tsahal en juillet 2024. Plusieurs troubles avaient éclaté, donnant lieu à une guerre civile et à l’éviction de l’Autorité palestinienne de Gaza. Aucune élection n’a été organisée depuis en Cirsjordanie. Mahmoud Abbas, dont le mandat est terminé depuis 2009, s’est maintenu au pouvoir. Il est régulièrement décrié pour sa complaisance supposée avec Israël et sa corruption.
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