Mahamat Saleh Alhissein, un journaliste de Télé Tchad, a été interpellé en lien avec l’affaire qui a conduit à l’arrestation d’Olivier Mbaindinguim Monodji, directeur de publication de l’hebdomadaire Le Pays et correspondant au Tchad de Radio France internationale (RFI), a-t-on appris dimanche 9 mars auprès de la direction de la télévision. Cette nouvelle arrestation a été confirmée à l’Agence France-Presse (AFP) par le président de l’Union des journalistes tchadiens. Joint par l’AFP, le procureur de la République a indiqué qu’il donnerait de plus amples informations sur cette affaire lundi.
Mahamat Saleh Alhissein est accusé d’avoir traduit des documents fournis par la Russie sur les opérations de ses supplétifs au Mali et sur la situation économique au Sahel, selon les informations transmises par la direction de Télé Tchad. Selon d’autres sources, c’est pour un article sur l’inauguration de la Maison russe de N’Djamena, en septembre 2024, que le directeur de la rédaction du Pays, qui se trouve depuis mercredi dans les locaux de la police judiciaire à N’Djamena, aurait été interpellé. Son interpellation avait suscité des réactions indignées du Patronat de la presse tchadienne et d’autres organisations de journalistes.
Ces derniers mois, des journalistes, des politiques et des acteurs de la société civile ont subi des arrestations, parfois menées sous forme d’enlèvements par les services de renseignement tchadiens, chargés de réprimer toute voix discordante au régime de Mahamat Idriss Déby. Au moins trois journalistes, dont Badour Badour Oumar Ali, rédacteur en chef de la rédaction web du journal Tchadinfos, ont subi des détentions arbitraires depuis août 2024, selon l’Association des médias en ligne du Tchad. Mi-septembre, l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) avait dénoncé une multiplication des arrestations et des détentions hors procédures par les services de renseignement tchadiens.
Trois ans après avoir été porté au pouvoir par une junte à la suite du décès de son père président, Mahamat Idriss Déby, 40 ans, a verrouillé la gouvernance de son pays en obtenant la présidence à l’issue d’un scrutin jugé « ni crédible ni libre » par ses opposants, avant que son parti n’obtienne une majorité écrasante aux élections législatives, sénatoriales et locales, boycottées par l’opposition. La Russie, la Hongrie et les Emirats arabes unis font partie des partenaires de ce pays du Sahel qui a obtenu fin janvier, comme ses voisins avant lui, le retrait des troupes françaises.
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