La baleine à bosse, relâchée en mer, a été retrouvée morte quelques jours après au large du Danemark. La pression des réseaux sociaux et des médias a rendu inaudible la parole des experts qui estimaient impossible le sauvetage du cétacé, vu son état de santé. Les opérations n’ont fait qu’accroître les souffrances de l’animal.
La question peut paraître un peu brutale, surtout au regard de l’émotion que le sort de la baleine a suscitée : fallait-il sauver Timmy ? L’histoire de cette baleine à bosse échouée sur une plage de la mer Baltique a tenu en haleine l’Allemagne pendant plus d’un mois, et même le monde entier – on en a parlé sur RFI. La baleine, entravée dans des filets de pêche, était devenue la star des médias, des réseaux sociaux, on venait sur place pour la voir, il y avait même des caméras branchées sur elle en permanence… Et le 2 mai dernier, la « libération » de Timmy faisait la une du journal de la ZDF. « Le moment tant attendu est enfin arrivé. La baleine à bosse est libre », annonçait le présentateur de la deuxième chaîne de télé allemande.
Pression populaire
Mais sa liberté n’a pas duré bien longtemps. Transporté sur une barge jusqu’en mer du Nord, où le cétacé a été relâché, Timmy a été retrouvé mort quelques jours plus tard, au large du Danemark. Et depuis, des experts pointent la pression médiatique et populaire dans la responsabilité de cet échec. « Il y a eu une grosse influence de la part des réseaux sociaux, estime Aurore Morin, chargée de campagne Conservation marine pour IFAW, le Fonds international pour la protection des animaux. Beaucoup se prenaient un petit peu pour des experts sans l’être vraiment et exigeaient que des mesures soient prises pour venir en aide à l’animal et essayer absolument de le ramener au large. Il y a donc eu une sorte de pression exercée par des non-experts et cela a un petit peu dicté la prise de décision. Malheureusement, cela a un peu influé du mauvais côté. »
Soins palliatifs
Ne fallait-il quand même pas tenter de sauver Timmy ? Son sort était malheureusement scellé. De nombreux experts l’avaient dit mais ils n’ont pas été entendus. Leur message n’était pas audible au milieu de toute cette émotion. En fait, l’opération de sauvetage n’a fait qu’aggraver les souffrances de Timmy. « Dans certains cas, un sauvetage soigneusement planifié peut aboutir à la survie de l’animal, mais dans d’autres cas, et en particulier lorsque l’animal est gravement affaibli comme c’était le cas de Timmy, toute intervention supplémentaire ne peut qu’accroître les souffrances de l’animal et accélérer son déclin vers sa mort. En fait, il aurait été mieux de continuer à lui donner des soins palliatifs en attendant que sa mort survienne dans des conditions naturelles », juge Aurore Morin.
« Sauvez Willy »
Ce n’est pas la première fois que des opérations de sauvetage spectaculaires se soldent par des échecs. On avait ainsi entendu beaucoup de critiques au moment d’une baleine blanche, un béluga dans la Seine près de Paris. L’animal finalement était mort. On peut aussi parler de Keiko, l’orque du film Sauvez Willy. « L’acteur » vivait en captivité dans un parc d’attraction, et après le succès du film une énorme campagne avait abouti à sa remise en liberté. Mais Keiko était morte quelques années après.
Des milliers de baleines tuées
La pression sociale, la médiatisation, peuvent parfois faire plus de mal. Mais toute la médiatisation autour de Timmy pourrait aussi être utile pour alerter sur le sort des baleines. Car il n’y a pas que Timmy : des milliers de baleines meurent chaque année dans des filets de pêche, dans des collisions avec des bateaux, ou en raison de la pollution sonore. « Le sort d’une baleine va plus toucher que le sort, par exemple, d’un concombre de mer ou d’une petite espèce de poisson un peu moins connue ou un peu moins emblématique ou charismatique. Mais la baleine est ce qu’on appelle une espèce parapluie. Donc en protégeant la baleine, on protège une foule d’autres animaux qui peuvent aussi souffrir des mêmes menaces qui affectent les baleines aujourd’hui », souligne Aurore Morin, d’IFAW. On n’a pas sauvé Timmy, mais on peut encore sauver les océans et ceux qui y vivent.
Source du contenu: www.rfi.fr
