Plusieurs représentants des partenaires sociaux se sont exprimés ce mardi matin, au dernier jour de négociations autour de la réforme de 2023. Tous espèrent aboutir à des propositions communes, faites de compromis.
Conclave sur les retraites, dernier jour. Après plusieurs mois de négociations, les partenaires sociaux n’ont plus que la journée de ce mardi 17 juin pour se mettre d’accord sur des aménagements de la réforme des retraites de 2023. Tous semblent déterminés à y parvenir. «Il faut qu’on puisse avoir un accord, c’est extrêmement important», a martelé la secrétaire générale de la CFDT, Marylise Léon, au micro de RTL. «Il faut que ça se termine ce soir. On ne va pas jouer les prolongations pour se faire plaisir», ajoute-t-elle. Même son de cloche du côté d’Amir Reza-Tofighi, président de la CPME, qui a expliqué au micro de RMC que les partenaires sociaux devaient «être au rendez-vous». «Ce serait une victoire de la France», poursuit-il. «On permettra à notre société de passer à autre chose.»
Mais encore faut-il des points de convergence. La reconnaissance de la maternité des femmes semble en être un. Les retraites des femmes sont en moyenne bien moins élevées que celles des hommes, et le Medef a proposé d’améliorer leurs pensions en calculant celles-ci non plus sur les 25 meilleures années travaillées mais sur 23. «Sur les femmes, on avance», reconnaît Marylise Léon, qui en a fait l’un des trois piliers de son syndicat. «Ça augmente le niveau de pension des femmes, et on propose un “deal” équilibré au global», appuie Amir Reza-Tofighi.
«Sur la pénibilité, c’est le blocage»
Le président de la CPME assure que les partenaires sont également «alignés sur le fait que le régime de retraites doit être équilibré». C’était une des conditions fixées par François Bayrou comme cadre des discussions. Si elle promet que toutes les propositions de la CFDT sont «financées», Marylise Léon a dénoncé les «postures politiciennes de personnes qui considèrent que la question des retraites est financière et budgétaire». Le sujet des retraites est aussi une question de «dignité au travail» pour le syndicat réformiste, qui réclame notamment que les métiers les plus pénibles permettent un départ anticipé.
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Mais «sur la pénibilité, c’est le blocage», juge Marylise Léon. Elle prévient que la CFDT ne signera aucun accord tant que le patronat ne prendra pas en compte la pénibilité. «La balle est dans le camp du patronat, assène-t-elle. Ils nous ont expliqué ce qu’ils ne voulaient pas, mais pas ce qu’ils proposaient.» Le Medef préférerait abaisser l’âge de départ pour inaptitude/invalidité de 62 à 61 ans, et propose en outre un départ dès 60 ans au lieu de 62 dans le cadre du dispositif de retraite anticipée pour incapacité permanente. Pas certain que cela convainque la CFDT.
Autre point de blocage, et pas des moindres, l’âge de départ. La CFDT espère utiliser le levier de la pénibilité pour «détricoter les 64 ans». «L’âge légal n’a plus de sens», lâche Marylise Léon, qui veut revenir vers la «retraite à la carte». «Il faut une mesure sur l’âge ! Je ne sais pas s’il faut que je le dise en anglais ou en allemand», appuie-t-elle. Un compromis pourrait être trouvé autour de l’abaissement de 67 à 66 ans de l’âge d’annulation de la décote, qui permet d’obtenir une retraite à taux plein, même sans avoir cotisé le bon nombre de semestres.
La CGT fustige le patronat
Si accord il y a sans que les 64 ans aient été abolis, «ce serait en décalage avec ce que demandent les salariés, qui sont une écrasante majorité à vouloir l’abrogation des 64 ans», estime de son côté Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, interrogée par Franceinfo. «Cette réforme (celle de 2023, ndlr) nous a volés deux ans de vie», ajoute-t-elle. Et d’épingler «l’alliance du patronat et du gouvernement» pour «exclure» la question des 64 ans. «Le patronat refuse toujours de passer à la caisse et veut faire payer les retraités», peste la numéro un de la CGT, syndicat qui a claqué la porte des négociations dès le début du conclave.
Enfin, les partenaires sociaux se sont exprimés sur la proposition de François Bayrou de «prime» pour maintenir les seniors en emploi. Pour Amir Reza-Tofighi, président de la CPME, ceci «ne permettra pas d’avoir un accord avec les syndicats». «Tout ce qui permet de travailler plus longtemps est bien, mais aujourd’hui, ce n’est pas là le sujet», a-t-il déclaré. Même position côté CFDT, qui dénonce une proposition «pas chiffrée» et qui «arrive tard». «Je suis plus inquiète pour les seniors qui ont entre 58 et 62 ans et qui ne trouvent pas de boulot», conclut Marylise Léon.
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