CRITIQUE – Au Théâtre Édouard-VII, à Paris, l’acteur reprend le rôle du menteur dans la comédie de Florian Zeller. Toujours aussi efficace.
Une chambre d’hôtel aux murs clairs. Alice (Sylvie Testud) et Vincent (Stéphane De Groodt) viennent de faire l’amour. Il cherche ses chaussettes tandis qu’elle avoue se sentir coupable et préfère arrêter leur relation. « Hein ? », répète son amant. Qui n’envisage pas de ne plus voir la femme de Paul, son meilleur ami, « presque un frère » (Stéphane Facco). « Et sinon, ton mari, ça va ? », demande-t-il d’ailleurs à Alice, sans scrupule. Les choses vont prendre une tournure inattendue quand Vincent retrouve Sophie, sa femme (Clotilde Courau), à leur domicile. Elle l’interroge sur la prétendue réunion qu’il a eue avec son associé. Vincent ment éhontément.
Florian Zeller a taillé La Vérité pour Pierre Arditi qui l’a créée en 2011. Toute vérité n’est pas bonne à dire rappelle l’auteur, mi-figue, mi-raisin. Celui qui écrira plus tard Le Mensonge en connaît un bout sur le sujet. En semant de fausses pistes, il s’interroge sur l’amour et la fidélité, la capacité d’un couple à surmonter les obstacles et à durer. L’amitié aussi est sacrifiée dans ce théâtre des apparences où chacun avance masqué. Pris en étau dans ses mensonges, Vincent se retrouve dans un piège qu’il a lui-même formé. Tel un enfant coupable, il se heurte aux assertions de ses proches.
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Cette comédie improbable fonctionne grâce au jeu des comédiens. En particulier celui de Stéphane De Groodt. Très différent de Pierre Arditi, il lui succède pourtant avec bonheur dans la peau du menteur invétéré, d’une mauvaise foi qui dépasse l’entendement. Yeux ronds comme des billes, liane déliée et agitée, l’acteur est omniprésent. Ludion électrique, il est incapable de tenir en place. Burlesque à souhait, il emporte l’adhésion de la salle.
Souffle de désenchantement
Dans le rôle de son épouse, Clotilde Courau entretient « l’illusion conjugale », comme aurait dit le regretté Éric Assous. L’actrice campe un personnage complexe, en souffrance, car si la pièce fait beaucoup rire, elle est traversée par un souffle de désenchantement. En maîtresse, la fine Sylvie Testud est plus hardie qu’elle en a l’air. Quant à Stéphane Facco, faussement lointain, il excelle dans le double jeu.
Entre deux chansons, le quatuor focalise l’attention du public jusqu’au bout. Les effets de surprise ne manquent pas
La mise en scène efficace de Ladislas Chollat, auquel on doit Les Misérables et Molière, l’opéra urbain (en tournée), est marquée par les gros changements de décors, des panneaux coulissants qui délimitent les lieux (salon, bureau… ). Entre deux chansons, le quatuor focalise l’attention du public jusqu’au bout. Les effets de surprise ne manquent pas. On ne cesse de se demander de quelle façon le héros va s’en sortir.
La Vérité, au Théâtre Édouard-VII (Paris 9e). Tél. : 01 47 42 59 92. www.theatreedouard7.com
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