Les teufeurs manifesteront samedi contre la future règlementation des free-parties

Date:

Après l’interdiction de free-parties dans l’Hérault pendant un an, une proposition de loi a été déposée par la majorité présidentielle le 18 mars à l’Assemblée pour « renforcer la pénalisation de l’organisation » de ces événements.

Les « teufeurs » haussent le son. Après l’interdiction de free-parties dans plusieurs départements et le dépôt d’une proposition de loi pour renforcer leur pénalisation, le milieu de la tekno se mobilise samedi dans une douzaine de villes, de Paris à Marseille, pour défendre « la fête libre ».

À Montpellier (Hérault), une première « manifestive » a réuni le 5 avril environ 1 500 « teufeurs » pour dénoncer les entraves grandissantes envers les free-parties, des rassemblements non déclarés et gratuits pouvant rassembler des milliers de personnes, parfois pendant plusieurs jours.

Dans ce département, les « rassemblements musicaux illicites » ont été interdits par arrêté préfectoral pour un an, une mesure encore rare mais susceptible de se multiplier. La préfète de Haute-Marne, département rural du nord-est, a pris un arrêté identique début mars.

Incidents, nuisances, problème de santé publique

Dans les deux cas, le transport de matériel -des « sound systems » ou murs de son qui diffusent la musique à gros volume- est également interdit. Les préfectures s’appuient sur des incidents survenus lors de certains rassemblements et mettent en avant des atteintes à l’environnement – ces fêtes étant parfois organisées dans des espaces naturels protégés – des nuisances pour les riverains, mais aussi des problèmes de santé publique, avec une consommation excessive d’alcool et de stupéfiants.

« Les arrêtés d’interdiction, il y en a beaucoup mais, ce qui change, c’est que c’est pour un an. Et, s’agissant du transport de matériel, on met en place une possibilité de contrôle totalement disproportionnée », déclare à l’AFP Me Sophie Mazas, avocate qui a introduit en février un référé-liberté, sans succès, contre l’arrêté de l’Hérault.

Signe d’une volonté politique de juguler les free-parties, une proposition de loi a été déposée le 18 mars à l’Assemblée nationale pour « renforcer la pénalisation de l’organisation » de ces événements, qui « se transforment souvent en lieux de dérapages », selon les 44 députés de la majorité présidentielle à l’origine du texte.

« La loi française est très claire : seuls les rassemblements de plus de 500 personnes sont soumis à déclaration. »

Sophie Mazas, avocate.

Outre des amendes, y compris pour les participants, elle prévoit jusqu’à six mois de prison pour toute personne « participant à l’organisation » d’une free-party -de l’édification d’un mur de son à l’installation d’un food-truck- et la confiscation du matériel saisi. La question du seuil à partir duquel une free-party est considérée illégale inquiète aussi le milieu. Pour Me Mazas, « la loi française est très claire : seuls les rassemblements de plus de 500 personnes sont soumis à déclaration ».

Or en 2024, plus de la moitié (58 %) des fêtes concernées par des saisies de matériel sonore comptait moins de 500 personnes, selon les chiffres du Fonds de soutien juridique des sons (FSJS). « Sur les 4 000 free-parties environ chaque année en France, la grande majorité est en dessous de 500 personnes », affirme aussi à l’AFP Samuel Raymond, directeur de Freeform, association qui accompagne les jeunes dans l’organisation de fêtes.

Des rassemblements non structurés

« Les dérives, c’est qu’en organisant un anniversaire avec deux enceintes, on risque la prison, parce qu’il y a un amalgame fait par les policiers et les procureurs, parce qu’il n’y a rien qui définit vraiment ce que c’est une “ teuf ” », alerte Victor Lacroix, secrétaire du FSJS. Le mouvement tekno, né en Grande-Bretagne pendant les années Thatcher sur un socle libertaire, s’inscrit pourtant dans la durée : « une deuxième génération organise à son tour (des free-parties, NDLR), ce qui le rend compliqué à casser », souligne Samuel Raymond, déplorant une absence de « volonté politique » pour accompagner certaines fêtes dans un cadre légal.

« On aimerait que la free-party soit acceptée et même valorisée comme mouvement culturel », confie « Artik » (nom d’emprunt), organisateur de free-parties depuis sept ans dans le sud-est de la France. En avril 2024, le jeune homme de 25 ans s’est fait saisir « 15 000 euros de matériel » lors d’une fête organisée « dans des champs, dans un coin isolé du Gard ». Condamné à 700 euros d’amende et la destruction du matériel saisi, il a fait appel.

Pour Me Mazas, ce qui est en jeu, c’est « le partage de notre espace commun dans une société qui vieillit », où « les retraités ont le droit d’avoir leur bal musette et les gamins n’ont rien ». Le tour de vis ne touche pas que la France : dès son arrivée au pouvoir en 2022, le gouvernement italien ultraconservateur de Giorgia Meloni a ciblé les free-parties, avec des peines allant jusqu’à six ans de prison pour les organisateurs, quatre ans pour les participants.

Source du contenu: www.lefigaro.fr

Share post:

Populaire

More like this
Related