Le chanteur des Wampas revient sur le devant de la scène avec le récit de sa vie, rédigé en collaboration avec le journaliste Christian Eudeline et publié aux éditions Harper Collins.
« On était probablement l’un des groupes qui jouaient le plus mal, mais on a persisté, c’est tout. » Du franc-parler, de l’autodérision, le tout emporté par une passion du rock chevillée au corps : l’autobiographie que Didier Wampas signe avec le journaliste Christian Eudeline plonge le lecteur dans les coulisses de sa vie, les secrets de ses chansons, ses rencontres marquantes avec les légendes de la musique. Punk ouvrier dépeint le drôle de monde du punk français dont son groupe reste l’un des plus prestigieux – et vivants – vestiges.
Âgé de 62 ans, Didier Wampas est un personnage singulier. Trois décennies à la tête de son groupe Les Wampas, tout en conservant son emploi d’électrotechnicien à la RATP, il s’est exercé à préserver en toute chose son indépendance. À commencer en se méfiant des maisons de disques. « Je préfère faire perdre de l’argent à Universal qu’à un petit label », déclarait-il en 2012 dans On n’est pas couché. Manière de prouver que l’on peut vivre heureux en restant fidèle à soi-même. Cultivant une image désinvolte, Didier Wampas n’a pas vraiment couru après la gloire. « On s’en fout de toucher le grand public », affirme-t-il, fidèle à son esprit punk et à son rejet des conventions.
Génèse musicale
Dès son plus jeune âge, Didier se distingue par ses goûts musicaux très assumés. Alors que ses camarades s’identifient à Bowie ou Queen, ses propres héros musicaux sont Mike Brant, les Rubettes, Lou Reed et, plus tard, les Sex Pistols. « On ne me prenait jamais dans l’équipe de foot, ou alors toujours en dernier. J’étais très mauvais », confie-t-il, évoquant un sentiment d’exclusion qui le suit dans son enfance. Un événement marquant survient à l’âge de deux ans : un accident de voiture bouleverse sa famille. Pour l’aider à surmonter ce traumatisme, sa mère lui offre deux disques, dont une reprise des Beatles par Claude François.
Didier grandit à Villeneuve-la-Garenne, dans les Hauts-de-Seine, banlieue qu’il décrit comme sans âme, dominée par des barres d’immeubles et des terrains vagues. Introverti, il trouve refuge dans la lecture et dans les émissions de radio qui lui font découvrir le rock des années 1960. Cet intérêt le plonge dans un univers parallèle où il se sent enfin à sa place. Son environnement familial joue également un rôle déterminant. Son père, ouvrier communiste, et sa mère, bretonne, lui transmettent des valeurs fortes dans une vie modeste, rythmée par le travail à l’usine et les tâches domestiques. Les étés passés en Bretagne, loin des HLM, lui offrent un répit idyllique et contrastent fortement avec son quotidien urbain.
Adolescent, Didier commence à s’ouvrir à d’autres horizons. La musique devient une obsession : il écoute, analyse, recopie des paroles dans des cahiers pour en comprendre le sens. « Il n’y a que le rock’n’roll qui me réjouisse », affirme-t-il. Malgré ses difficultés scolaires et son isolement, il reste sage, ne traîne pas dans la rue, et consacre son temps à lire ou à explorer de nouveaux morceaux. À cette époque, il n’a pas encore de lieu de prédilection pour ses sorties. Les bars et cafés de la banlieue lui sont peu accueillants : « Dès qu’il y avait un peu de bordel, on se faisait jeter. » Avec ses amis, il préfère se retrouver dehors, partageant des bières achetées à des commerçants du coin. Mais pour Didier, l’essentiel n’est pas l’endroit : c’est le sentiment d’appartenir à un groupe, de trouver enfin des personnes partageant ses passions, dont celle pour la musique. Le punk rock est une échappatoire, une identité et une communauté.
Le 14 juillet 1981, lors d’une rencontre au lac d’Enghien avec d’autres punks, l’idée de fonder un groupe germe. Initialement nommé Exhibition and Window Display, le groupe devient rapidement Les Wampas, nom tiré de la bande dessinée Rahan. « Ça sonnait bien et le côté préhistorique nous plaisait », se souvient-il. Le premier concert officiel des Wampas se déroule à la fête de la musique en 1983, square Tolbiac, où ils jouent des morceaux comme Dracu Bop et Ma p’tite amie est nazie. Un premier spectacle avec beaucoup de trac et une bagarre en fin de set.
Les Wampas – Dracu Bop
Les Wampas se produisent dans des lieux alternatifs, devant un public restreint mais passionné, et une énergie brute. Ces débuts sont ponctués de concerts dans des squats et à la fête de l’Humanité, où le groupe commence à attirer une petite communauté fidèle. Didier porte un regard empreint de nostalgie sur ces années formatrices. « On peut encore se faire des amis à cinquante ou soixante ans, mais ce n’est pas comme ceux d’hier, ceux avec qui j’ai traîné à la sortie de l’adolescence. Beaucoup sont partis, mais avec ceux qui restent, on n’a même plus besoin de parler. C’est un peu comme si on avait fait la guerre ensemble. Et aussi pas mal de conneries… »
Un Punk à la RATP
La RATP n’avait rien de très rock, et Didier, lorsqu’il y a travaillé, n’avait d’autre ambition que de ne pas en faire trop. Aux trois-huit, il n’y connaissait absolument rien en électricité de son propre aveu. À ses débuts, il observait les anciens, qui, loin de se soucier de leur travail, s’amusaient à répondre au téléphone lors des pannes en déclarant : « Non, je n’ai pas envie de travailler aujourd’hui. » Lors de son service militaire, il avait même avoué à un psychologue avoir coché « oui » à la question « Avez-vous déjà eu des envies de suicide ? » simplement pour être convoqué. Quand le psy lui avait demandé ce qui l’intéressait dans la vie, sa réponse avait été sans équivoque : « Rien. Le travail ne m’intéresse pas, les études non plus, seul le rock’n’roll compte. »
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Didier Wampas, rocker et banlieusard
De scène en scène, les Wampas se font un nom. En 1990, ils publient Les Wampas vous aiment, album plein d’énergie positive qui détonne dans une scène encore marquée par des divisions et des conflits entre bandes rivales. Le disque reçoit un accueil critique favorable et solidifie leur identité de groupe à la fois provocateur et accessible.
Didier décrit également les tournées, les rencontres avec d’autres artistes, et les anecdotes qui illustrent l’ambiance déjantée de leurs concerts. Il souligne l’importance de rester fidèle à leurs convictions musicales, même face aux attentes de l’industrie. malgré leur évolution vers des salles plus grandes comme le Zénith ou des festivals renommés, ils conservent une approche intimiste. L’objectif est de recréer l’énergie brute des petits clubs, même devant des milliers de spectateurs. Didier partage des anecdotes marquantes, notamment des moments imprévus comme des « surfs sur chaise » dans la foule. Il insiste sur l’idée que chaque performance doit rester unique et surprenante, en opposition aux concerts trop formatés des groupes commerciaux. Un des thèmes récurrents est la tension entre succès grand public et fidélité à l’esprit punk.
Le grand public découvre le chanteur français lors des Victoires de la musique 2004, où son groupe était nommé dans la catégorie Révélation de l’année. Vêtu d’une écharpe rose à froufrous, il avait dévalé les marches de la scène et lancé avec fracas : « Les Wampas vous aiment, les Wampas n’aiment pas les autres, ils n’aiment pas Kyo et ils n’aiment pas la variété pourrie ! » Une déclaration, qu’il a plus tard qualifiée d’improvisée, à l’image de son franc-parler et de son esprit rebelle.
Dans son autobiographie, Didier Wampas dépeint la scène alternative de l’époque, de Bérurier Noir aux Washington Dead Cats, en passant par les Garçons Bouchers, un univers autour duquel gravitaient les bandes punks parisiennes. Parmi les souvenirs les plus marquants, le suicide de Marc Police, l’un des guitaristes des Wampas, en 1991. « Quand Marc était là, il y avait une véritable cohésion dans le groupe, je n’avais ni besoin ni envie de me mettre en avant. » Après la disparition de son ami, Didier raconte qu’il a ressenti le besoin de « réagir » : « Je me suis senti obligé de faire le clown. » Qui s’en surprendra ?
» Punk ouvrier, Didier Wampas (avec Christian Eudeline), Harper Collins, 304 pages, 19.90 euros.
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