Aujourd'hui l'économie – Pourquoi l’Iran veut taxer les câbles sous-marins du détroit d’Ormuz

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Téhéran envisage d’imposer des droits de passage aux opérateurs de câbles sous-marins traversant le détroit d’Ormuz. Derrière cette annonce, en apparence technique, se cache un enjeu majeur : la transformation d’infrastructures numériques critiques en nouvel instrument de pression économique et géopolitique.

On parle souvent des câbles sous-marins lorsqu’ils sont endommagés ou sabotés, plus rarement lorsqu’ils fonctionnent normalement. Pourtant, ils constituent l’épine dorsale du numérique mondial. Aujourd’hui, 99% du trafic numérique mondial circule grâce à ces câbles de fibre optique posés au fond des mers. D’une épaisseur d’à peine dix centimètres, ils ressemblent à de simples conduits, mais ils sont en réalité les véritables artères de la mondialisation et de la communication. Grâce à eux, en quelques millièmes de secondes, il est possible d’envoyer un ordre de virement de Dakar à Pékin, de réaliser une transaction financière entre Londres et Singapour ou encore de passer un appel vidéo entre Buenos Aires et Athènes avec très peu de latence.

C’est précisément cette importance stratégique qui explique l’intérêt soudain de l’Iran pour ces infrastructures présentes dans le détroit d’Ormuz. Téhéran envisage en effet d’imposer des droits de passage aux opérateurs de ces câbles. Une idée portée par les Gardiens de la Révolution et qui n’a rien d’anodin.

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Pourquoi l’Iran veut taxer les câbles sous-marins du détroit d’Ormuz

À première vue, taxer des câbles sous-marins peut sembler abstrait. Pourtant, le principe est loin d’être inédit. L’Égypte prélève déjà d’importants revenus grâce à sa position stratégique sur le canal de Suez, notamment à travers les infrastructures numériques qui y transitent. Une rente qui rapporte plusieurs milliards de dollars par an. C’est ce modèle que semble regarder Téhéran. Mais la comparaison a ses limites. Suez est un canal artificiel administré par un seul État, tandis qu’Ormuz est un détroit naturel régi par le droit maritime international, partagé entre plusieurs souverainetés.

Malgré cette différence juridique, le raisonnement iranien est clair. En effet, les câbles passent à proximité de ses eaux, ils créent de la valeur, il serait donc légitime que le pays en capte une partie. Autrement dit, si le monde dépend de cette route numérique, pourquoi l’Iran n’en profiterait-il pas ? Derrière cette logique de souveraineté économique se cache en réalité un message politique: rappeler que le détroit d’Ormuz n’est pas seulement un point de passage pétrolier, mais aussi un levier stratégique sur les flux numériques mondiaux.

WebdocUn océan de câbles, dans les profondeurs d’internet

Une taxe improbable… mais une menace déjà coûteuse pour l’économie mondiale

Évidemment, cela ne signifie pas que demain, Google, Microsoft ou Amazon vont verser un chèque à Téhéran. Les sanctions américaines rendent une telle hypothèse très improbable. Mais ce n’est peut-être pas là le vrai sujet. Le véritable enjeu, c’est l’incertitude créée. Dès qu’un corridor stratégique devient politiquement instable, les opérateurs doivent adapter leur stratégie : investir davantage, sécuriser leurs réseaux, diversifier leurs routes, renforcer leurs assurances. Tout cela a un coût. Autrement dit, sans percevoir un seul dollar de taxe, l’Iran parvient déjà à quelque chose : ajouter une prime de risque au fonctionnement de l’économie numérique mondiale.

Et cette incertitude pèse d’autant plus que Téhéran laisse planer la menace d’un sabotage de ces câbles sous-marins. Le scénario d’un black-out mondial reste peu probable, grâce aux mécanismes de redondance des réseaux. Mais une perturbation localisée pourrait ralentir les paiements transfrontaliers, compliquer certaines transactions financières entre l’Europe et l’Asie ou encore affecter l’accès à certains services de stockage en ligne. En clair, le monde entier est devenu dépendant de ces câbles sous-marins. Et qui dit dépendance dit vulnérabilité. C’est précisément ce qu’a compris l’Iran. Dans l’économie numérique, le pouvoir n’appartient pas seulement à ceux qui produisent la donnée, mais aussi à ceux qui contrôlent son passage. Et à Ormuz, Téhéran entend bien le rappeler.

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Source du contenu: www.rfi.fr

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