L'Atelier politique – Sandro Gozi: «Il faut construire une union de la défense à l’intérieur de l’Union européenne»

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Sandro Gozi, député européen du groupe Renew, secrétaire général du Parti démocrate européen et depuis peu conseiller de Paris, est l’invité de L’Atelier politique, il répond aux questions de Frédéric Rivière sur les grands défis du moment : la santé publique, la protection des mineurs en ligne, la souveraineté numérique, la défense européenne et les échéances politiques de 2027.

La santé, parent pauvre de l’intégration européenne

La réapparition du hantavirus en Europe a remis sur le devant de la scène la question de la coordination sanitaire entre les États membres. Pour Sandro Gozi, des progrès réels ont été accomplis depuis la crise du Covid-19, mais ils restent insuffisants.

« On est mieux équipé maintenant qu’à l’époque du Covid-19, mais je crois que la santé mériterait des réformes encore plus importantes au niveau européen. »

« L’Union européenne a d’ores et déjà renforcé l’échange de données de santé entre États membres, encouragé la relocalisation de la production de médicaments et harmonisé les conditions de libre circulation des patients. La Commission européenne a également présenté un plan de six milliards d’euros pour renforcer les capacités de prévention et de coordination en cas de pandémie. »

Mais pour aller plus loin, et notamment instaurer un ministre européen de la Santé doté de pouvoirs réels, Sandro Gozi rappelle que cela supposerait de réviser les traités. En l’état actuel du droit européen, la santé reste une compétence essentiellement nationale.

« Il y a une dimension transfrontalière, transnationale, de la santé qui mériterait des règles et une action beaucoup plus forte au niveau européen. Cela devrait être au moins une compétence partagée. »

Réseaux sociaux : l’Europe sous pression

La protection des mineurs en ligne constitue un autre chantier prioritaire pour Sandro Gozi. La Commission européenne prépare une interdiction d’accès aux réseaux sociaux pour les plus jeunes, avec des sanctions pouvant atteindre jusqu’à 6 % du chiffre d’affaires annuel des plateformes qui ne respecteraient pas les règles.

« Le fait que la Commission commence à bouger. C’est un grand succès, notamment de la France. »

Sandro Gozi salue l’initiative française d’avoir légiféré au niveau national, ce qui a poussé Bruxelles à agir. Il rappelle que le Digital Services Act prévoit déjà des sanctions significatives, et qu’une obligation de transparence des algorithmes a été imposée aux plateformes.

« Maintenant, les autorités publiques, les chercheurs peuvent ouvrir ces boîtes noires et regarder comment ça se passe. »

Au-delà des règles, Sandro Gozi insiste sur la nécessité d’une éducation numérique des mineurs et des parents. Il dénonce le modèle économique des plateformes, conçu pour favoriser la viralité des contenus offensifs et haineux.

« C’est vraiment un fléau numérique, ce qui se passe avec la santé mentale de nos enfants. Un fléau. »

Souveraineté numérique : résister aux pressions américaines

La question de la régulation numérique dépasse, pour Sandro Gozi, le simple cadre technique : elle constitue un enjeu de souveraineté. Et les pressions ne manquent pas. L’administration américaine, sous l’impulsion de Donald Trump, multiplie les interventions auprès des institutions européennes pour obtenir l’abandon ou le non-respect des législations numériques adoptées par l’Union.

« Les faits que l’administration américaine, sous la pression des Big Tech, est en train d’exercer des pressions énormes, inacceptables sur la Commission européenne, sur les commissaires, sur le Parlement européen, sur les gouvernements pour qu’on élimine, pour qu’on abroge, pour qu’on n’applique pas la législation numérique que nous avons déjà adoptée. C’est inacceptable et nous devons résister. »

Sandro Gozi défend une « voie européenne » du numérique : ni le Far West américain, ni le contrôle total du Parti communiste chinois.

« C’est une voie qui veut favoriser l’innovation, mais qui veut aussi protéger les droits fondamentaux, les données personnelles et notamment les droits de nos enfants. »

Mercosur : une erreur politique de la Commission

L’entrée en vigueur provisoire de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur, le 1er mai, a suscité de vives critiques, notamment de la part du monde agricole français. Sandro Gozi a voté contre cet accord.

« J’ai voté contre le Mercosur parce que la circonscription dans laquelle je suis élu, la France, était absolument contre, parce que les Français étaient absolument contre. »

Sandro Gozi ne nie pas l’intérêt stratégique d’un marché commun de 700 millions de consommateurs entre l’Europe et l’Amérique latine. Mais il pointe les lacunes de cet accord, négocié sur une période de vingt ans et inadapté aux nouvelles contraintes imposées aux agriculteurs européens en matière de pesticides et de modes de production.

« La Commission a commis une erreur politique. C’est un accord du passé, qui ne tient pas compte des nouveaux engagements sur le climat, qui ne tient pas compte du fait qu’on a imposé aux agriculteurs des normes très contraignantes. »

« Il n’y a pas d’autonomie, il n’y a pas d’indépendance stratégique européenne de la défense s’il n’y a pas aussi une industrie européenne. »

Le RN et 2027 : « Le risque de paralysie »

La question d’une éventuelle victoire du Rassemblement national en 2027 amène Sandro Gozi à une analyse sans ambages : « Le risque de paralysie » pour l’Union européenne, dont la France est un État incontournable.

Quant à la présidentielle de 2027, Sandro Gozi évoque son engagement futur avec prudence, en indiquant qu’il soutiendra le candidat portant les meilleurs projets pour la France et pour l’Europe. Sur une éventuelle candidature d’Emmanuel Macron en 2032, la réponse est plus directe.

« Moi, j’ai beaucoup d’estime pour Emmanuel Macron. Je crois qu’il a été un président, notamment à l’échelle européenne et internationale, visionnaire et courageux. Et si en 2032, Emmanuel Macron se présente, j’essaierai, comme en 2017, d’être un de ses soutiens. »

Défense européenne : « Une union dans l’Union »

Face aux menaces aux frontières orientales de l’Europe, Sandro Gozi plaide pour une intégration militaire renforcée. « Il faut construire une union dans l’Union, une union de la défense à l’intérieur de l’Union européenne. Pourquoi une union dans l’Union ? Parce qu’il faut aller de l’avant avec les pays qui ont la volonté, sans attendre les plus lents. »

Sandro Gozi souligne également l’importance d’une industrie de défense européenne autonome. L’Union européenne a mobilisé 150 milliards d’euros pour des projets européens dans ce domaine, mais la fragmentation des standards militaires entre États membres reste un obstacle majeur.

Source du contenu: www.rfi.fr

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