Je suis née dans une famille d’artistes à Paris, d’un père peintre et d’une mère scénariste. Ils se sont séparés quand j’étais petite, ma mère s’est installée avec mon beau-père, un comédien, et mon père, plus tard, avec une artiste américano-suisse, Cathy Josefowitz, dont j’ai été très proche et dont je gère aujourd’hui l’œuvre avec son fils, qui est comme mon frère.
Dans mon enfance, nous vivions rue Titon, dans le 11e arrondissement, dans un immeuble sur cour peuplé d’architectes, d’artistes, de designers devenus des amis de ma mère et de mon beau-père, et de gamins de mon âge qui passaient leur temps à courir partout. Cette bande adorait manger, boire, faire la fête. Et nous, les enfants, étions toujours au milieu. Cela m’a forgée.
Mon entourage était obsédé par la bouffe : ma mère, d’origine italienne, cuisinait super bien, tout comme ma marraine, sa meilleure amie, une comédienne d’origine américaine, très belle, chic et délurée, qui vivait aussi rue Titon et adorait la cuisine du River Café, à Londres, et son chef, Jamie Oliver. Elle nous préparait des repas de Noël incroyables, avec dinde laquée, choux de Bruxelles rôtis, sauce cranberry, petits pains au maïs, et, pour le Nouvel An, un rôti de veau aux cornilles, les haricots œil noir qui portent bonheur, selon elle et la tradition américaine… Elle nous invitait dans des restaurants étoilés, organisait des fêtes extravagantes pour nos anniversaires. Elle est morte brutalement, quand j’avais 15 ans. C’est tout un monde magique qui s’est effondré avec elle.
Fascinée par l’alimentation vivante
Après le lycée, je me suis lancée dans des études de cinéma, presque par atavisme. J’ai réalisé une série de courts-métrages à Los Angeles, à New York et à San Francisco, où j’avais des amis, tout en découvrant ces villes où la bonne nourriture était en plein essor. J’étais fascinée par ce monde de l’alimentation vivante, de marchés de producteurs, de café artisanal, de légumes bio…
Quand j’ai rencontré mon futur mari, Roman Moriceau, qui est artiste plasticien, il m’a fait découvrir le vin nature. J’adorais les bordeaux très tanniques et sulfités, mais j’ai immédiatement été séduite et convertie. D’abord parce que je n’avais plus la gueule de bois, ensuite parce que j’ai découvert une nouvelle palette de goûts. Cela m’a amenée à voir différemment les produits qu’on consommait et ceux qui les faisaient.
Peu à peu, tout s’est agrégé et, en 2017, j’ai eu l’idée de créer une appli engagée, gratuite, pour géolocaliser les bons produits autour de soi, les boutiques, les fermes, les restaurants et, deux ans plus tard, je me suis lancée. C’était politique. Car bien boire et bien manger, cela me semble aujourd’hui une nécessité. La première fois que j’ai préparé cette salade, je venais de tomber amoureuse. J’ai fait avec ce que j’avais sous la main, des betteraves, une mandoline, des touches de couleurs et de saveurs, comme un tableau, je voulais faire du bon et beau. C’est une salade simple, séduisante et délicieuse, que je refais fréquemment depuis, toujours avec amour.
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