L'Atelier politique – Laurent Jacobelli : «LFI et la Nouvelle France, c'est l'inverse de ce qu'est la France»

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Laurent Jacobelli, député RN de Moselle et porte-parole du Rassemblement national, revient sur les enseignements des élections municipales, le duo Le Pen-Bardella pour 2027, et le rôle perdu de la France sur la scène internationale. Invité de L’Atelier politique, il répond à Frédéric Rivière.

La participation en berne : une responsabilité politique

Avec 57% de participation, soit six points de moins qu’en 2014, les élections municipales ont confirmé une tendance préoccupante. Pour Laurent Jacobelli, les causes sont avant tout structurelles.

« Si nos dirigeants avaient voulu que la participation diminue, ils ne s’y seraient pas pris autrement », tranche-t-il.

Il pointe deux réformes en particulier : l’interdiction du panachage dans les petites communes, et la parité obligatoire sur les listes. « Dans un village de 100 habitants où les gens ont du mal à s’engager, c’est compliqué d’assurer la parité », explique-t-il. Résultat : moins de listes, moins d’envie d’aller voter.

À cela s’ajoute, selon lui, un affaiblissement progressif du pouvoir communal. « Lentement mais sûrement, le pouvoir quitte les communes pour aller vers les agglomérations », observe Laurent Jacobelli. Le rôle du maire, aussi symbolique soit-il dans le cœur des Français, se trouve ainsi réduit sur les questions du quotidien.

 


Le maire : une figure toujours aimée, mais désormais ciblée

Le député mosellan reconnaît que l’attachement des Français à leur maire reste vivace. Mais ce tableau a ses ombres. Laurent Jacobelli évoque les images de maires sortants chassés de leur mairie après leur défaite, sous les huées.

« Toucher à son maire, c’est toucher à la République et toucher à l’autorité », affirme-t-il, appelant à une condamnation unanime de ces comportements.

 


Le RN multiplie ses communes, mais peine encore sur les métropoles

Le Rassemblement national dirige désormais plus de 70 communes. Laurent Jacobelli y voit la confirmation d’une dynamique territoriale solide.

Sur la difficulté à conquérir des grandes villes, il nuance : « Des métropoles plus que des grandes villes », corrige-t-il. Il souligne notamment le score de Franck Allisio à Marseille, qui a dépassé 40% en rassemblant sur sa liste des sensibilités allant du centre droit à la droite nationale. « Qui aurait parié sur ce score il y a encore six mois ? Personne. Même pas les sondages », relève Laurent Jacobelli.

Si Marseille n’est pas tombée dans l’escarcelle du RN, il en impute la responsabilité aux Républicains : « Cette vieille droite a refusé de se retirer, préférant laisser gagner la gauche plutôt que Franck Allisio. »

 


Paris et le cas Mariani : « C’est la démocratie »

Le score de Thierry Mariani à Paris, 1,6% des voix ! Laurent Jacobelli évoque d’abord « un regret » sur le fond du programme. Mais il reconnaît d’autres facteurs : une concurrence interne du camp national avec la candidate de Reconquête, Sarah Knafo, à qui il attribue une campagne davantage axée sur la forme, bénéficiant selon lui « d’une forme de complicité des médias ».

Puis il conclut: « Est-ce que Thierry Mariani était en mesure et en capacité de gérer la ville de Paris ? Oui. Est-ce que les Parisiens l’ont choisi ? Non. Dont acte. C’est la démocratie. »

 


Vers 2027 : « Le travail paie »

Interrogé sur les leçons à tirer pour la présidentielle, Laurent Jacobelli formule une réponse en trois mots : « Le travail paie. »

Il met en avant le fait que tous les maires RN sortants qui se représentaient ont été réélus, souvent dès le premier tour. « C’est tellement rare dans le milieu politique d’avoir quelqu’un qui fait ce qu’il dit et qui dit ce qu’il fait, que les électeurs leur en ont donné le bénéfice ».

Il évoque aussi un travail de fond, discret mais continu, pour préparer une éventuelle arrivée au pouvoir : projets de loi déjà en gestation, nominations d’administrations anticipées. Et un horizon sénatorial : grâce à la multiplication des élus locaux, le RN espère constituer un groupe au Sénat, « ce qui donnera une assise territoriale profonde et solide à Marine Le Pen et Jordan Bardella ».

 


Face au Front républicain : « Les électeurs ne se laisseront pas avoir une deuxième fois »

La question du Front républicain en 2027 est posée. Laurent Jacobelli prédit que les autres formations politiques tenteront à nouveau de se coaliser, « convoqueront les médias » et diaboliseront le RN. Comment ne pas échouer une fois de plus face au Front républicain ? Sa réponse tient en un mot : « les électeurs ».

 


Le duo Le Pen-Bardella : « Deux leaders qui arrivent à travailler ensemble sans se mettre des peaux de bananes »

Sur la question de la candidature présidentielle, Marine Le Pen ou Jordan Bardella, Laurent Jacobelli défend l’idée d’un binôme inédit.

« On a un vrai duo », insiste-t-il. Programme commun, équipes communes, campagne menée ensemble : « Il n’y aura pas une tête d’affiche et rien derrière. »

Sur l’âge de Bardella, 31 ans en 2027, il balaie les objections par cette formule : « Une année de vie de Jordan Bardella, c’est à peu près dix ans de vie politique d’un homme politique lambda. » Et d’ajouter : « Si l’âge était un élément de bonification systématique, François Bayrou aurait été un bon Premier ministre et Michel Barnier un excellent Premier ministre. Or, ils ont été tous les deux très mauvais. »

 


LFI et la « Nouvelle France » : « C’est l’inverse de ce qu’est la France »

Laurent Jacobelli dénonce les scènes d’intimidation contre des maires sortants battus, et livre son analyse du concept de « Nouvelle France » promu par LFI.

« Cette nouvelle France apparaît comme la non-France », dit-il. Il y voit un rejet de la culture et de l’identité nationale, une logique communautaire opposée à l’idée même de nation.

Il cite plusieurs éléments : les propos de Rima Hassan sur la représentation par couleur de peau « du racisme », les déclarations du maire de Saint-Denis sur la nécessaire allégeance de ses agents municipaux, les formules de Jean-Luc Mélenchon qualifiant des journalistes de « rat crevé ». Laurent Jacobelli conclut : « Antisémitisme, racisme et purge, ça fait peur ! »

 


Diplomatie : « La France a perdu son rôle »

Sur la scène internationale, Laurent Jacobelli porte un regard critique sur la posture d’Emmanuel Macron. La France, selon lui, a abandonné son rôle historique de « nation équidistante des empires », capable de dialoguer avec tous.

« Emmanuel Macron a donné les clés de la diplomatie à l’Union européenne », dit-il, y voyant un « fantasme fédéraliste qui ne fonctionne pas ». Il évoque le Moyen-Orient comme un terrain où la France « aurait dû jouer un rôle central », entre Israël, le Liban, l’Iran, et ne l’a pas joué.

Mais Laurent Jacobelli concède une nuance : « Dans les mots, dans les paroles et dans les constats sur ce qui se passe aujourd’hui, le président de la République française a les mots justes. » Avant d’ajouter : « En revanche, dans les moyens d’action, on peut sentir une faiblesse. »

 

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Source du contenu: www.rfi.fr

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