L'Atelier politique – Céline Hervieu : «Il faut renforcer les voies légales de migration pour accueillir mieux»

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La députée socialiste de Paris défend une politique ambitieuse pour la petite enfance et plaide pour une immigration plus ouverte. Invitée de L’Atelier Politique, elle répond aux questions de Frédéric Rivière.

La petite enfance, un enjeu d’égalité négligé

Pour Céline Hervieu, élue de la 11è circonscription de Paris, la petite enfance est bien plus qu’une question technique. C’est un combat politique majeur. «C’est un levier de lutte contre les inégalités qui est majeur», martèle-t-elle.

Conseillère déléguée à la petite enfance pour la Ville de Paris pendant quatre ans, elle a découvert un secteur en tension. «Vous avez une place sur deux en crèche qui s’ouvre dans le secteur privé lucratif et vous avez un service public en grande fragilité, 10 000 professionnels manquant dans le secteur», déplore la députée.

Le constat est sans appel : entre 200 000 et 250 000 places manquent aujourd’hui en France. Un déficit qui pèse d’abord sur les femmes. «Quand vous êtes une maman, vous vous arrêtez de travailler parce que vous n’avez pas de mode d’accueil», explique Céline Hervieu.

Un texte adopté… mais bloqué au Sénat

En décembre 2024, la députée a fait adopter à l’unanimité à l’Assemblée nationale un texte renforçant la régulation et le contrôle des crèches. Un an plus tard, le texte attend toujours son examen au Sénat.

«On est dans une législature où on a un empilement de textes et une difficulté à aller jusqu’au bout de la navette parlementaire», regrette-t-elle. Mais la socialiste refuse de baisser les bras : «Je ne désespère pas. Ce texte, il est dans les tuyaux.»

Pour elle, ce blocage révèle un problème plus profond : «Il y a un manque de portage politique, il y a un problème de gouvernance. Les associations, les professionnels demandent un ministère de l’enfance qu’on n’a jamais eu.»

Les séquelles du Covid sur les tout-petits

La députée s’inquiète des conséquences à long terme de la pandémie sur les jeunes enfants. «Il y a eu de façon très inégale un traitement et un vécu des très jeunes enfants», analyse-t-elle.

«Notre chance, c’est que les très jeunes enfants sont en construction et donc ils s’habituent aussi très vite», tempère Céline Hervieu. Mais elle pointe les inégalités territoriales dans l’accès aux dispositifs de soutien comme les PMI (Protection maternelle et infantile).

Le modèle scandinave comme inspiration

Interrogée sur les pays à suivre en matière de petite enfance, la députée cite sans hésiter les pays nordiques. «Ils ont des politiques publiques petite enfance qui vont de 0 à 6 ans», précise-t-elle.

«Tout ce qui se passait avant l’école, c’était comme un tableau noir», regrette-t-elle à propos de la France. «Eux ont pris en compte justement cette dimension, la question aussi du rapport à la nature, à l’environnement.»

Pour Céline Hervieu, il faut valoriser les professionnels du secteur : «Ce sont des métiers qui sont féminisés, mal rémunérés, peu valorisés, alors que c’est essentiel. Ce sont des experts et des expertes du développement de l’enfant.»

 

Immigration : «Renforcer les voies légales»

Sur l’immigration, la députée assume une ligne résolument ouverte. Son engagement vient de son expérience de bénévole en centres de rétention administrative (CRA) et centres d’accueil de demandeurs d’asile (CADA).

«Pour régler une partie de la question de l’immigration illégale, il faut renforcer l’immigration légale dans notre pays», affirme-t-elle. Pour elle, la France, septième puissance économique mondiale, n’est pas à la hauteur : «L’accueil n’est pas digne.»

Face à la montée du Rassemblement national, elle refuse de céder sur ses convictions. «Ma réponse en tant que socialiste, ça ne va pas être de dire “finalement, on va réduire l’immigration”», assure-t-elle. «La question, c’est de savoir comment on crée une société qui est cohérente tous ensemble.»

Rocard et la «misère du monde»

Confrontée à la célèbre phrase de Michel Rocard«Nous ne pouvons pas héberger toute la misère du monde» –, Céline Hervieu assume une position différente de celle de l’ancien Premier ministre rocardien.

«Les flux migratoires ont toujours été», rappelle-t-elle. «La majeure partie des migrations se font de pays à pays sud. En réalité, on reçoit qu’une infime partie des mouvements qui se font entre les continents.»

Pour elle, l’enjeu n’est pas de réduire les flux mais d’améliorer l’accueil : «Il faut renforcer les voies légales de migration pour accueillir mieux.»

 

Une vision maternelle du pouvoir ?

Interrogée sur les réflexions de Ségolène Royal dans son livre «Qui va garder les enfants» dans lequel l’ancienne candidate socialiste appelle de ses vœux «une mère de la nation» plutôt qu’un «père de la nation», Céline Hervieu se montre nuancée.

«Je comprends tout à fait Ségolène Royal qui a évolué dans un environnement politique avant MeToo», analyse la députée de 32 ans. «Ce virilisme dont elle parle, c’est une réalité. Il faut toujours et encore le dénoncer.»

Mais elle préfère parler d’«une autre manière de faire, avec plus de soin, plus d’écoute» plutôt que d’associer systématiquement ces qualités au féminin.

Sur un point, elle rejoint toutefois Ségolène Royal : «La politique, c’est aussi une question d’amour. Quand on fait de la politique, il faut aimer les gens aussi, parce que sinon on n’a rien à faire là.»

Source du contenu: www.rfi.fr

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