« C’est à elle qu’il s’adresse dans ses lettres d’adieu, à chaque départ, alors qu’elle n’est plus depuis plus de vingt ans, morte sur le front, là où il aurait dû mourir lui, pas elle »

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Tout est calme. D’un calme affolant pour quelqu’un comme lui. Ciel bleu tragique, neige en à-plats immaculés, soleil tout droit, jamais entravé. Calme comme la beauté de cette femme devant lui, payée pour être belle et calme, à faire semblant de lire un magazine ouvert sur ses cuisses. A-t-elle froid par ce froid, les épaules nues, un foulard en soie seulement noué autour de son buste ? A-t-elle envie de mourir de devoir faire ça pour gagner sa vie ou y prend-elle du plaisir ? Ou, juste, envisage-t-elle ça comme du travail, juste du travail ?

On ne le saura pas. Rien de tout ça ne peut se voir à l’œil nu. Et cette vérité qui se camoufle lui est insupportable. Il veut savoir, capturer le non-visible, s’approcher avec son appareil, le plus près possible de sa peau qui frissonne et de son poème intérieur. Mais il n’est pas payé pour ça et il aurait trop peur que ce soit pris pour autre chose. Et puis, un jour ancien, vingt ans auparavant, il s’était juré de ne plus jamais s’approcher d’aucune autre femme qu’elle.

Après des milliers de soldats, de corps blessés, de vies éteintes sous ses yeux, cinq guerres couvertes ; une inconnue, Zermatt, le calme, la paix, le soleil. Et lui, derrière son appareil, parfaitement incapable de respirer librement, son corps entier en alerte, prêt à bondir et rouler dans une tranchée enneigée repérée sur le côté droit du refuge où l’équipe a installé son matériel. Si jamais. Son cerveau ne faisant qu’imaginer le pire.

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