En France, alors que le projet de loi Ripost veut interdire la consommation détournée de protoxyde d’azote, qui constitue un problème de santé publique majeur, l’abandon de ces bouteilles dans l’espace public est tout aussi préoccupant. Jetées dans les rues, que deviennent-elles ? Est-il possible de les recycler ?
L’usage du protoxyde d’azote, initialement cantonné à l’électroménager, notamment dans les appareils à chantilly, est détourné : il est inhalé et les cartouches vides sont ensuite abandonnées. À l’usine d’incinération Isséane, à Issy-les-Moulineaux, qui collecte et traite 530 000 tonnes d’ordures ménagères par an, ces bouteilles de gaz sont un véritable casse-tête. Jetées dans les caniveaux, aux coins des rues, elles sont mélangées aux ordures ménagères non recyclables et atterrissent dans les poubelles de la ville. Elles sont ensuite embarquées dans des camions-bennes, direction l’une des usines d’incinération aux portes de Paris.
« Les camions arrivent après leur tournée et c’est là qu’ils déchargent le résultat de la collecte du jour, explique Sofien Elandaloussi, adjoint mobilisation Public et territoires à l’Agence métropolitaine des déchets ménagers. C’est aussi là où on peut récupérer éventuellement des bouteilles de protoxyde d’azote. » Il est assez exceptionnel de pouvoir les récupérer, précise-t-il. « Les opérateurs en charge du ramassage des déchets, s’ils en voient dans les caniveaux, certains les mettent parfois avec eux dans la cabine, ce qui est extrêmement dangereux pour eux. »
Le risque est permanent pour les agents qui collectent ces ordures ménagères, car certaines de ces bouteilles sont encore gorgées de gaz et passent incognito. Et c’est bien là tout le problème. « Le risque, c’est qu’une fois que la bouteille de protoxyde d’azote est mise dans la fosse, elle va forcément finir dans le four-chaudière, poursuit Sofien Elandaloussi. Et là, elle peut exploser. Et quand elle explose, elle va endommager ou elle risque d’endommager le four-chaudière. »
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Une explosion toutes les deux heures
Derrière une vitre blindée, un technicien télécommande avec beaucoup de précision une pince géante. L’outil déplace et brasse en permanence des montagnes de déchets. « C’est une salle des commandes. C’est le cœur névralgique du fonctionnement de l’usine. Et donc en fait, là, on voit les déchets qui tombent et ensuite ils alimentent les fours-chaudières, montre Sofien Elandaloussi. On est obligés d’avoir deux lignes de fours dans le cas où une ligne est à l’arrêt à cause d’une bouteille de protoxyde d’azote qui a explosé et qui a endommagé le four. Il faut toujours que l’usine fonctionne parce que l’usine fonctionne 24 h sur 24, sept jours sur sept. Déjà, elle sert à alimenter en électricité et en chaleur le réseau parisien de chauffage urbain. Sauf quand il y a une bouteille qui casse le four. »
Et au sein de ces incinérateurs, il y a une explosion toutes les 2 h. « Là, nous sommes au pied du four, je vais ouvrir la petite manivelle, là, et vous allez voir la combustion, vous allez vous pencher un petit peu, vous verrez la flamme et la combustion du four à l’intérieur. On a déjà une lucarne pour voir la flamme. Ah, vous avez entendu l’explosion ?, demande Sofien Elandaloussi. Là, il y a eu un boum. C’est une bouteille de protoxyde qui a explosé à l’intérieur du four. On va peut-être y aller aussi. »
Après cette mini-explosion sans danger, il est temps de s’éloigner. Sur l’année 2025, le coût global est estimé à près de 15 millions d’euros en cas d’arrêt des machines. Un montant supporté par les contribuables.
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