«Franchement, c’est un beau titre», Ugo Mola savoure le sacre fou du Stade Toulousain

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Pour la 5e fois sacré champion de France depuis 2019, le manager toulousain estime que celui-ci, arraché après prolongation face à un adversaire redoutable, est sans doute le plus beau.

Thomas Ramos vient d’affirmer que Toulouse ne doute jamais. Il exagère ou vous confirmez ?

Ugo Mola : Les gens de loin, qui ne nous connaissent pas, ce n’est jamais dérangeant. Mais il y a eu beaucoup, dans nos rangs, parmi ceux qui nous connaissent un peu plus, des gens qui ont un peu plus immiscé le doute. Et c’est un poison le doute… Nos prestations n’étaient pas à la hauteur de ce qu’on voulait faire, avec, évidemment, beaucoup d’aléas. Mais, au final, on avait envie de bien faire, on avait envie de gagner. Pour ma part, c’est ma cinquième finale, et c’est, je pense, un match assez incroyable. Avec, en face, une équipe drôlement en confiance. Mais, dans beaucoup de secteurs, on a été dominant. Restez à savoir si la balle allait tomber du bon côté. Et elle est tombée du bon côté. Champion aujourd’hui, c’est peut-être plus que champion qu’il y a quelque temps.

«Mes joueurs, ce sont les Transformers»

Toulouse en finale, ce n’est jamais le même Toulouse. Qu’est-ce qui se passe à ce moment-là à chaque fois pour élever votre niveau de jeu ?

Peut-être que mes joueurs, ce sont les Transformers (sourire)… Le problème, c’est qu’il y a 26 journées à se cogner avant. Je veux bien qu’on n’ait envie de jouer que les finales, mais il faut y arriver quand même… Mais je suis assez impressionné, encore une fois, par la capacité que nous avons eue à être dominant sur ce match, et notamment nos avants qui avaient à cœur de ne pas rééditer ce qu’on avait pu vivre il y a quelques semaines (élimination par l’UBB en demi-finale de la Champions Cup, NDLR). Franchement, c’est un beau titre.

Qu’est-ce qui vous passe par la tête quand Maxime Lucu réussit la pénalité synonyme de prolongation ?

Que, encore une fois, l’énergie s’inverse. On voit que ça redonne un peu d’élan et d’allant à Bordeaux et à ses supporters. Ce qui nous passe dans la tête, c’est de ne surtout pas arrêter de jouer ou de déjouer. Parce qu’il y a eu, une balle de match à la 78e minute où on est dans les 22 mètres de Bordeaux. On a juste à ne pas s’affoler et à jouer notre rugby, mais on se précipite un peu, ce qui, malheureusement, nous maintient à portée de fusil. Et après, l’UBB joue bien le coup… On a battu une grosse équipe, le champion d’Europe – je le rappelle pour ceux qui s’étaient endormis sur leurs pompes, et on est fiers d’avoir battu cette équipe. Ce titre vient de très, très loin pour nous.

Il nous semblait que beaucoup de choses nous échappaient cette saison. Mais il y a un truc qui ne nous a pas échappé ce soir (samedi soir), c’est le caractère !

Comment expliquez-vous, justement, que l’UBB reste dans le match jusqu’au bout alors que votre équipe a dominé le match ?

Par leurs fulgurances déjà. Ils ont de grands joueurs qui, avec pas grand-chose, arrivent à trouver des solutions. Maxime Lucu a encore été très bon. Mais on a eu un très bon Paul Graou aussi. On a vu deux grands demis de mêlée. L’avantage de Paul, c’est d’avoir été mis un peu plus dans l’avancée grâce à nos avants qui ont dominé les contacts. Mais on prend 30 points, notamment juste au retour de la pause. Cet essai nous fait mal. Heureusement, derrière, on remarque aussitôt. Le fameux coup pour coup qui a finalement été à notre avantage.

En termes d’intensité, cette finale a été stupéfiante du début à la fin…

Ça a cogné très fort oui. Et puis le scénario, la prolongation, tout était réuni… Je pense que cette finale est une bonne publicité pour le rugby. Que deux équipes puissent rivaliser à ce niveau-là en fin de saison, avec l’âpreté que représente une saison, avec des blessures des deux côtés. Il nous semblait que beaucoup de choses nous échappaient. Mais il y a un truc qui ne nous a pas échappé ce soir (samedi soir), c’est le caractère !

Justement, quelle saveur a ce titre ?

Je ne vais pas vous faire de sentimentalisme à deux balles, mais comment voulez-vous qu’on ne pense pas à Helen (l’épouse de Joe Tekori, décédée en septembre), à Medhi Narjissi (jeune joueur disparu en août dernier) tant ça a été des moments terribles pour nous. Pour les familles avant tout, mais pour le club et pour l’environnement aussi. Des moments qui font qu’il fallait encore se chercher. Je n’avais pas ce match référence, ce petit panache en plus que Bordeaux avait et qui lui a permis d’être champion d’Europe. À la sortie, ce qui est sûr, c’est que je vis tous les jours dans un club vraiment incroyable. (…) Je vais en profiter quelques jours parce que, sincèrement, ça a été un long périple. Mais quand l’issue est top, forcément, ça permet de mettre un peu de baume au cœur au reste.

Ça serait terrible de te dire qu’on est content de gagner sans Antoine (Dupont) ! Je crois à la force du groupe, à la force du jeu.

Comment vous avez géré la sortie précoce de Romain Ntamack ?

Il prend une décharge dans l’épaule, il ne pouvait plus serrer la main. Donc on n’a pas pris de risque. Après, la chance, qu’on a, c’est d’avoir l’arrière de l’équipe d’Écosse et des Lions (Blair Kinghorn), d’avoir le n°10 de l’équipe de France ces derniers temps (Thomas Ramos) et d’avoir, au cas où, l’arrière de l’équipe d’Argentine (Juan Cruz Mallia). Comme certains aiment bien dire qu’on a un gros budget, de gros salaires, de gros joueurs, c’est pour ça qu’on n’était pas trop inquiet…

Être champion sans Antoine Dupont, ça ajoute à la performance ?

(Il grimace) Ça serait terrible de te dire qu’on est content de gagner sans Antoine ! Je crois à la force du groupe, à la force du jeu. Ne pas oublier que c’est un jeu, donc jouons. Et puis vous parlez parle d’Antoine mais on a perdu d’autres hommes : Peato Mauvaka, Ange Capuozzo, Alexandre Roumat cette semaine… Évidemment qu’ils nous ont manqué. Mais j’ai aussi regardé ce qui s’est dit et écrit sur Paul (Graou), sur Romain (Ntamack). Paul, ce soir, c’est un lion ! Il fait un match incroyable. Oui, il y a du déchet, des moments un peu compliqués, mais Paul a le mérite d’avoir un pote qui est Antoine Dupont qui a beaucoup insisté pour que je le recrute. Je suis ravi d’avoir écouté Antoine. Si Antoine n’était pas là, il nous a aidés à ce que Paul nous rejoigne il y a trois ans.

Propos recueillis en zone mixte

Source du contenu: www.lefigaro.fr

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