Elle revient chaque printemps, comme un refrain. Délicatement perforée, la broderie anglaise convoque tout un imaginaire. Celui des jeunes filles en fleurs et idoles du XIXe siècle, sages ingénues souvent vêtues de blanc. Intégrant des découpes et des points de broderie sur des pièces en coton blanc, cette technique de couture très populaire dans l’Angleterre de cette époque – d’où son nom –, a longtemps été la star des ouvrages de dame, ces travaux d’aiguille et de couture.
Elle a aussi historiquement occupé une place de choix dans la confection des services de table, rideaux, sous-vêtements ou habits d’enfants. Avant de s’installer notamment sur les robes de mariée, bordant une manche, un ourlet, un décolleté.
Symbole de pureté, et donc, par extension, de respectabilité, la broderie anglaise et ses déclinaisons sont, aujourd’hui encore, adoptées par celles qui cherchent à se présenter sous leur meilleur jour. Ainsi de la princesse de Galles Kate Middleton, éventuelle future reine d’Angleterre, toujours scrutée, et dont le vestiaire d’été regorge de robes et blouses délicatement perforées.
Tendance « cottagecore »
Avec le succès de La Chronique des Bridgerton, série historique anachronique, sur Netflix, la broderie anglaise a trouvé une nouvelle audience : la génération Z, ambivalente, à la fois ultra-connectée et avide d’authenticité. C’est à elle que l’on doit notamment la tendance « cottagecore », soit le terme cottage (« chaumière », en anglais), associé à la racine core, qui permet de désigner une esthétique popularisée sur Internet par les jeunes adultes.
Idéalisant la vie rurale, l’artisanat et le retour à la nature, cette sous-culture bucolique que ne renieraient pas les héroïnes de Jane Austen a aussi donné naissance à un style bien particulier. Avec ses imprimés fleuris, sa taille ajustée et ses détails froufroutants – dentelle, ruban, nœud et, évidemment, broderie anglaise –, la « milkmaid dress » (littéralement « robe de laitière ») est l’un des symboles de cette vague pastorale.
Il serait pourtant injuste de réduire la broderie anglaise à sa version romantique. Depuis le début des années 2010, de nombreux créateurs, comme la Danoise Cecilie Bahnsen ou la Britannique Molly Goddard, n’hésitent pas à la bousculer. En la superposant, l’exagérant ou la déformant, elle devient moins épurée et plus conceptuelle.
Qu’elle soit modernisée ou adoptée dans sa forme la plus classique, la broderie anglaise version 2025 accompagne ainsi les urbaines en quête de déconnexion comme celles qui cherchent à faire passer un message à travers leurs vêtements. Derrière son motif ajouré, elle symbolise finalement le flou de l’époque, entre émancipation féminine et retour aux traditions.
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