Quatre mois après avoir été graciés par Donald Trump, des participants à l’assaut du 6 janvier 2021 s’emploient à tirer profit de leur lien avec cette journée chaotique de l’histoire de la démocratie américaine, recense le Washington Post.
Capitaliser coûte que coûte. Une cinquantaine de participants à l’assaut du Capitole, le 6 janvier 2021, graciés par Donald Trump en janvier dernier, s’emploient à tirer profit de leur lien avec cette journée chaotique de l’histoire de la démocratie américaine, rapporte le Washington Post . L’un, d’eux condamné pour avoir frappé des policiers lors de l’attaque du siège du Congrès vend des t-shirts «Otages du J6»… à 50 dollars. Un autre, pris en photo au pupitre de la présidente de la Chambre des représentants de l’époque Nancy Pelosi… met en vente «des miniatures jouets à 200 dollars».
À peine revenu dans le Bureau ovale, le président républicain a signé un décret graciant plus de 1500 personnes, que lui-même qualifie d’«otages», liées aux événements de Washington. «Cette proclamation met fin à une grave injustice nationale infligée au peuple américain (…) et commence un processus de réconciliation nationale», explique le texte publié par la Maison Blanche. Le décret a également annulé les poursuites en cours contre plusieurs centaines de personnes. «[Elles] ont été traitées très injustement (…) Les juges ont été absolument impitoyables. Les procureurs aussi», expliquait Donald Trump en paraphant le texte.
Le modèle Trump
Une aubaine pour les ultra-trumpistes, appartenant pour certains à des milices d’extrême droite ou à des groupuscules complotistes. Podcasts, vêtements, produits dérivés, candidatures à des fonctions politiques… Ces «J6ers» érigent leurs entreprises et projets en symboles de résistance patriotique. À cet égard, ces militants influenceurs reprennent les techniques de Donald Trump qui, par exemple, a confectionné et vendu des produits dérivés (t-shirts, tasse à café…) inspirés de sa photographie d’identité judiciaire, le célèbre «mugshot».
Ainsi d’Adam Johson, photographié en train de déambuler dans le Capitole avec le pupitre de Nancy Pelosi dans les mains, qui vend désormais sur son site internet, ironiquement appelé «Les déménageurs non agréés», des «aimants à 5 dollars, des tasses à 20 dollars et des glacières à 30 dollars à son effigie», rapporte le Washington Post. Le factieux en aurait gagné «quelques centaines de dollars», ajoute le journal américain. «J’ai dû payer 100.000 dollars de frais d’avocat, 5000 dollars d’amende et je n’étais pas en mesure de trouver un emploi rémunéré à cause de la photo, se justifie-t-il. Donc, oui, je suis maintenant monétisé grâce à la grâce.»
Capture d’écran site internet «Unlicensed Furniture Movers»
De son côté, le couple de Pennsylvanie Debra Maimone et Philip Vogel, qui se sont filmés dans la crypte du Capitole le 6 janvier 2021, confectionnent des drapeaux en bois, dont des drapeaux confédérés, qu’ils vendent plusieurs centaines de dollars sur leur site «La cabane des patriotes».
Capture d’écran site internet «The Patriot Shack»
«Goulag de Washington»
Membre de la milice d’extrême droite Oath Keepers, Jessica Watkins, qui avait été condamnée à huit ans de prison, a «déclaré qu’elle souhaitait proposer un “contenu exclusif”, tel qu’un podcast, et a interrogé ses abonnés sur les sujets à aborder», révèle le Washington Post. «Elle a également déclaré qu’elle mettrait aux enchères les esquisses d’un livre fantastique qu’elle a écrit alors qu’elle était “dans le goulag de Washington”, en référence au complexe pénitentiaire de Washington», ajoute le quotidien. La militante fait également la publicité pour des entreprises proposant des «cours d’autodéfense, des salons ou des sites de vente en ligne».
Jacob Chansley, surnommé le «chaman de QAnon» et célèbre pour son chapeau à cornes orné de plumes, propose pour sa part des «consultations chamaniques», des vêtements à son effigie. Dès 2023, l’homme de 37 ans avait flairé les bonnes affaires en commercialisant des tasses ou encore… des tapis de yoga. Rien ne permet d’affirmer que ces «J6sers» pourront monétiser leur image encore longtemps. Mais une chose est sûre : dans un contexte où le président de la première puissance mondiale minimise la gravité de l’assaut du 6 janvier 2021 en le décrivant comme une «journée d’amour» et de «débordement d’affection» à son égard, la radicalité fait vendre.
Source du contenu: www.lefigaro.fr
