Le cinéaste Virgil Vernier et son double « pasolinien », l’acteur Zakaria Bouti

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Il y a quelque chose de hors du temps chez Virgil Vernier. De temps à autre, le cinéaste, né en 1976, refait surface. Il sort un film, discrètement, puis repart, jusqu’au prochain. Formé aux Beaux-Arts, il a perdu ses parents très tôt. Féru de numérologie, de contes charriant des légendes, il est l’auteur d’une vingtaine de courts et de longs-métrages qui, derrière leurs titres énigmatiques, captent avec fulgurance le monde contemporain dans ce qu’il a de plus indéchiffrable – la solitude, le besoin d’autodéfense, l’obsession de l’esthétique…

On le rencontre dans un café de Belleville, à Paris, visage juvénile, emmitouflé dans son blouson en cuir, avant de discuter plus tard en « visio » avec Zakaria Bouti, le jeune acteur qui joue dans son dernier long-métrage, 100 000 000 000 000 (Cent mille milliards). La montagne d’argent du titre raconte les rêves inaccessibles, et fait peut-être écho au petit budget de cette fiction distribuée par UFO – quelque 300 000 euros. A Monaco, Afine, jeune escort, se retrouve seul comme une bouteille à la mer, pendant les fêtes de Noël. Il va trouver un peu de réconfort lorsqu’une jeune femme, baby-sitter, lui propose de venir passer les fêtes avec elle (contre de l’argent).

Mêlant des témoignages réels et une touche de fantastique, le film ouvre l’éventail de toutes les prestations couvertes par les travailleurs sexuels. Virgil Vernier ne se cache pas d’avoir vécu une courte expérience d’escort, quand il avait la vingtaine : une femme de 43 ans, très belle, lui payait des dîners dans des restaurants étoilés, des vêtements aussi, puis un jour lui a laissé un billet. Il se sentait à la fois « flatté et gêné ». A ce titre, mais pas seulement, Cent mille milliards est sans doute son film le plus personnel.

« Il était mon héros pasolinien »

Virgil Vernier ne montre pas le sexe à l’écran, parce qu’il juge cela « un petit peu ringard ». « Je comprends que, dans les années 1970, c’était libérateur de montrer des scènes de sexe et des gens nus. Mais j’ai rarement aimé cela dans les films, je pense toujours au malaise des comédiens, et à celui de l’équipe en train de filmer. » Il ajoute : « La puissance ultime du cinéma, c’est ce qu’il cache. »

De même, il ne veut rien imposer à ses acteurs. « J’estime que leurs mots, c’est aussi leur corps : ce serait presque un viol que de leur imposer des lignes de dialogues que j’ai écrites, en leur disant “Apprends ça par cœur”. J’ai envie qu’ils incarnent, avec leur accent, avec leur maladresse, que je valorise. »

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Source du contenu: www.lemonde.fr

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