Femi Kuti, héritier du roi de l’afrobeat, dévoile un nouvel album introspectif

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Dans son 13e album, Journey Through Life, le chanteur nigérian s’éloigne de la critique politique pour plonger dans une réflexion plus intime sur la famille et son engagement.

Après des décennies de musique militante, Femi Kuti s’offre un moment d’introspection. Confortablement assis dans l’une des pièces du « Shrine », la salle de concert mythique de son clan familial dans le nord de Lagos au Nigeria, Femi Kuti évoque son treizième album, Journey Through Life, davantage tourné vers l’intime que la critique politique.

Connu pour ses critiques de la corruption et de l’injustice sociale, comme son père Fela, roi de l’afrobeat, l’artiste de 62 ans souhaite désormais intégrer dans ses textes des réflexions personnelles sur la famille, le développement personnel et son engagement. Un changement qu’il qualifie de « spirituel » et qui se retrouve dans ce nouvel album qui sort le 25 avril. Comme dans Journey Through Life (une chanson du même nom que l’album), « ce n’est pas une réflexion politique, ce sont mes pensées sur les vertus qui m’ont guidé », explique-t-il, vêtu d’un ensemble violet et blanc.

En revisitant certains de ses anciens titres, Femi revient sur son parcours d’artiste, d’activiste et de père. L’afrobeat, le genre musical fondé par son père dans les années 1970 et qu’il a décidé d’embrasser, mélange jazz, funk et rythmes africains, et a donné naissance à l’afrobeats, aujourd’hui porté par des superstars nigérianes qui remplissent les plus grandes salles du monde. Pour Femi, la musique a un pouvoir limité mais essentiel. « Je pense que la musique est une arme pour le changement, mais elle ne peut pas en être l’âme. Nous avons toujours besoin d’organisations », déclare-t-il à l’AFP.

Le fils du « président noir » (surnom que c’était donné son père, NDLR) a passé les 38 dernières années de sa vie à perpétuer l’héritage de son père, mort du sida en 1997, et à dénoncer les maux de la société nigériane, comme en témoignent ses récompenses musicales, mêlées à celles de Fela, posées sur les meubles qui lui font face. Il a jonglé entre sa vie de famille, les studios d’enregistrement et des concerts vibrants en Amérique, Europe, Afrique, et surtout au Nigeria, sur la scène du Shrine chaque dimanche soir, avec son frère Seun Kuti et son fils Made Kuti, entourés de danseuses et d’un orchestre.

« Tout le monde pense que la seule façon de réussir est de corrompre. »

Femi Kuti.

Une carrière longue et riche, moins populaire que celle de son père, mais qui mérite selon lui une introspection approfondie. « Il n’est peut-être pas possible de changer le monde, mais une chose dont je suis sûr, c’est que je peux me changer moi-même, je peux faire de moi une meilleure personne », estime Femi après avoir abordé la situation sociale et économique actuelle du Nigeria. Le chanteur se dit peiné, près de trois décennies après la mort de Fela, de constater que les injustices dénoncées par son père perdurent. « La corruption doit cesser dans la classe politique. Tout le monde pense que la seule façon de réussir est de corrompre », soutient-il.

Le Nigeria est confronté à une insécurité persistante due à des groupes armés et jihadistes, des tensions ethniques, une pauvreté croissante et une inflation galopante, exacerbées par la crise économique sous le président Bola Ahmed Tinubu, dans un contexte de réformes controversées. « Le système de santé est défaillant », déplore aussi Femi, exprimant son inquiétude face aux inégalités croissantes qui touchent les services essentiels au Nigeria, dénonçant également le manque « d’éducation accessible dans ce pays ».

Un album toujours « très politique »

Femi Kuti continue de faire vivre l’afrobeat, poussé par sa passion pour la musique, mais aussi l’héritage de son père et de sa grand-mère, Funmilayo Ransome-Kuti, militante pour les droits des femmes et l’indépendance du Nigeria. Son nouvel album « est toujours très politique » malgré les nouveautés apportées. « Ce sera probablement très difficile pour moi de ne pas parler de sujets politiques, parce que j’ai vécu toute ma vie avec mon père », ajoute-t-il.

Son engagement lui a valu quelques tracas, qui l’ont « traumatisé ». « Voir mon père avec des os brisés, du sang, en prison, c’était notre vie ? Comment croyez-vous que nous nous sentions ? », confie Femi, affirmant avoir lui aussi reçu des menaces, tout comme certains de ses enfants.

Faire de la musique engagée comporte des risques, notamment des répercussions sur des collaborations professionnelles, ce qui peut expliquer la réticence de certains artistes à aborder les problèmes du Nigeria. « C’est un grand sacrifice personnel. Quand la maison de mon père a été bombardée, il a tout perdu. Il est devenu tellement fauché que tous ses amis se sont éloignés », se rappelle Femi.

Source du contenu: www.lefigaro.fr

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