Valérie Bonneton crève l’écran dans cette comédie dramatique qui s’avère une belle surprise cinématographique.
L’alcoolisme au cinéma s’est souvent décliné au masculin, d’Un singe en hiver (avec Belmondo et Gabin) jusqu’à Drunk, de Thomas Vinterberg (avec Mads Mikkelsen), en passant par Barfly (avec Mickey Rourke). Jusqu’à présent, peu de films avaient abordé frontalement le sujet de l’ivresse au féminin.
C’est pourtant ce que fait Des jours meilleurs, la comédie dramatique d’Elsa Bennett et Hippolyte Dard. Le sujet aurait pu rapidement déraper vers le « tire-larmes » misérabiliste, mais il n’en est rien. L’intrigue de ce premier long-métrage qui oscille entre humour, drame social, documentaire et équipée sauvage vers la résilience, suit avant tout le parcours de Suzanne, veuve et mère de famille de trois enfants interprétée par Valérie Bonneton.
Quinquagénaire au regard triste, perpétuellement fatiguée, l’héroïne s’occupe tant bien que mal de ses trois enfants. Elle finit par les emmener à l’école sous l’emprise de l’alcool. L’accident est inévitable. Suzanne perd leur garde et doit se soumettre à l’obligation de soin imposée par la justice en rejoignant un centre de désintoxication.
Sans être d’une folle audace de mise en scène, Des jours meilleurs s’avère une belle surprise cinématographique sur un sujet encore tabou
C’est là qu’elle rencontre d’autres femmes de tous âges et de toutes classes sociales. Chantal (Sophie Leboutte) en est à sa onzième cure mais y croit encore. Alice (Sabrina Ouazini, vue dans La Source des femmes), incarne une fêtarde drôle et agressive qui souffre en secret de n’avoir jamais connu ses parents. Quant à Diane, actrice sur le retour (Michèle Laroque, d’une belle fragilité), elle ne supporte plus d’être brouillée avec sa fille, qui la dénigre continuellement.
Parmi toutes celles et ceux qui croient en ces femmes brisées, on trouve Denis (Clovis Cornillac, épatant de naturel et de bienveillance), l’éducateur sportif du centre, lui aussi ancien alcoolique. Ce sympathique prof de sport au look de rocker des années 1980 a le projet fou de faire participer ses patientes en plein sevrage au Rallye des dunes, une redoutable course automobile en plein désert marocain. Avec une infinie patience, il leur enseigne le montage des tentes, l’apprentissage de la mécanique, et programme des sessions d’orientation sur un parking de supermarché.
Ton décalé et optimisme
« C’est toi qui as eu l’idée de mettre des alcooliques au volant dans le désert ? », s’amuse ironiquement Michèle Laroque à Clovis Cornillac. La réplique fait mouche et résume à elle seule le ton décalé de ce film plein d’optimisme qui rend compte de l’ampleur de la tâche sans jamais la minimiser.
Lorsque le film bascule dans le désert, les bivouacs remplacent les séances chez le psy enregistrées face caméra. La lumière dorée des dunes, la beauté des paysages, la solidarité féminine qui se fait jour dans l’adversité offrent à notre quarteron d’aventurières l’occasion de laisser derrière elles le déni, la solitude, la honte et les risques de rechute.
Sans être d’une folle audace de mise en scène, Des jours meilleurs s’avère une belle surprise cinématographique sur un sujet encore tabou. Dans un registre inhabituel, l’actrice Valérie Bonneton livre une prestation d’une grande justesse et d’une belle sobriété (c’en est presque un comble).
« Des jours meilleurs ». Comédie d’Elsa Bennett et Hippolyte Dard, avec Valérie Bonneton, Michèle Laroque, Sabrina Ouazani. Durée : 1h44
L’avis du Figaro : 2,5/4.
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