Alors que s’est achevée ce dimanche la première édition de la Riner Cup, le quintuple champion olympique en a profité pour faire le bilan de cette expérience d’organisateur, avant d’évoquer la suite de sa carrière.
Des larmes et des étoiles dans les yeux, une petite fille pose aux côtés de Teddy Riner. Habillée en kimono, elle vient de s’incliner lors de la première édition de la Riner Cup, organisée dans la bien nommée Teddy Riner Arena à Asnières. Mais sa déception s’estompait vite au contact du quintuple champion olympique, tout sourire au moment de dresser un premier bilan de cet évènement qu’il a monté en trois mois.
Des tribunes pleines, une belle ambiance, des stars du judo en guest – dont Audrey Tcheuméo qui a combattu pour l’occasion – : la réussite était au rendez-vous. À tel point que la deuxième édition est déjà dans les starting-blocks, avec une date envisagée en octobre de cette année. Le temps pour Teddy Riner, qui fête ce lundi ses 36 ans, de mettre de côté sa casquette d’organisateur pour réenfiler le bleu de chauffe, lui qui est annoncé pour les prochains Championnats du monde à Budapest (13-20 juin) après son opération du coude droit début janvier.
Comment avez-vous vécu cette première expérience d’organisateur ?
Teddy Riner : Je suis très content parce que j’ai vu déjà un très beau niveau de judo. Je vois dans les gradins des sourires, des encouragements, de l’ambiance. Et surtout, après avoir pu échanger avec ceux qui ont gagné, je ressens chez eux beaucoup de fierté d’avoir gagné la première édition ou d’avoir réussi à monter sur le podium, avec à la clé des super cadeaux. Avant cette compétition, avec mon équipe, j’avais essayé d’imaginer ce qui pourrait plaire aux judokas, à toutes ces personnes qui ont fait le déplacement afin de les contenter. J’ai la sensation qu’on a réussi, que beaucoup avaient des étoiles dans les yeux. Je suis hyperfier d’avoir réalisé ça.
Quel bilan faites-vous sur le plan organisationnel ? Relevez-vous des points négatifs ?
Pour l’instant, je n’ai pas de points négatifs, même si on peut toujours mieux faire bien évidemment. Mais je ne peux pas critiquer le travail de mes équipes parce que je leur ai laissé très peu de temps pour organiser un bel événement. Et aujourd’hui, c’est chose faite. Je suis satisfait d’avoir offert ce beau moment à tous les inscrits et tout le public.
J’ai même très mal dormi parce que j’avais envie d’offrir quelque chose de magnifique au public.
Teddy Riner
Étiez-vous stressé en vous levant ce samedi matin ?
Bien sûr, clairement. J’ai même très mal dormi parce que j’avais envie d’offrir quelque chose de magnifique au public. J’avais envie de lui donner autant qu’il m’a donné. Et forcément, cela met de la pression parce qu’il y a beaucoup d’attentes. Il y a des enjeux aussi pour les partenaires qui m’ont fait confiance. Je suis très heureux que tout le monde ait été là et ait joué le jeu. Je crois que c’est ça, le point positif.
La réussite de cette première aura-t-elle une suite ?
Bien sûr, il n’y a pas de raison qu’on n’y arrive pas. D’ailleurs, je peux déjà parler de la deuxième édition qui concernera les minimes et les cadets parce qu’il faut faire tourner tout le monde et qu’on ne peut pas faire toutes les différentes générations sur deux jours. Pour l’instant, on cherche encore la bonne date qui devrait normalement se situer en octobre 2025.
@rckstudio
Imaginez-vous pouvoir organiser cela en Guadeloupe ?
Ce serait bien. Je n’oublie pas que je suis Guadeloupéen, que je suis né là-bas et évidemment que j’aimerai y organiser une édition. Néanmoins, il faut laisser aussi le temps à l’événement de se construire. Pour l’instant, c’est ici, à Asnières, à l’Arena Teddy Riner. On verra pour la deuxième édition et les prochaines. Mais bien sûr que j’y pense. Après, je pars toujours du principe qu’il faut que les athlètes soient au mieux, donc il faut que l’Arena s’y prête et que la ville qui nous reçoit nous aide parce que c’est un gros événement. Il faut la sécurité, les partenaires, l’infrastructure adaptée pour pouvoir recevoir les différents athlètes…
Depuis les Jeux de Paris, on vous sent comme libéré…
Quand vous arrivez à un certain âge et qu’il ne vous reste que deux opportunités d’être champion olympique une nouvelle fois, forcément vous ne réfléchissez pas pareil. Maintenant que je suis devenu recordman de mon sport, je vis les choses différemment. Là, comme je l’ai déjà dit, je vais essayer d’aller en moonwalk à Los Angeles 2028 (rires). Avec aucune pression, que du plaisir. Si j’arrive à aller récupérer une quatrième médaille d’or en individuel, je le ferai à cœur joie. C’est l’objectif. Mais c’est sûr qu’il n’y aura pas la même pression que j’ai pu subir avant Tokyo et Paris. Je veux vivre ces quatre dernières années de mon sport au top et terminer en 2029 sur un bel au revoir.
On sent aussi votre envie de partager, de transmettre…
Oui, je veux vraiment redonner. Depuis mes débuts sur la scène internationale en 2007, je n’ai reçu que de l’amour. Les gens m’ont porté. J’ai eu beaucoup de chance mais la chance, elle se crée. Et à un moment, il faut savoir redonner. Donc faire un événement comme ça, c’est aussi donner la chance à ceux qui en ont eu un peu moins. C’est important. Quant à la transmission, à un moment, j’ai un certain âge, j’ai des enfants qui ont 11 ans et 6 ans qui me posent pas mal de questions. Je reçois aussi pas mal de messages, de questionnements sur les réseaux sociaux. Donc j’essaie à travers le judo de transmettre, de redonner, de faire en sorte qu’eux aient une chance de pouvoir progresser et réaliser aussi leur chemin. Ça, c’est important pour moi. Sur cette Riner Cup, j’ai vu du très beau judo. Je sais qu’il y avait des entraîneurs, des gens qui étaient là pour regarder et observer. Ce n’est pas impossible qu’il y ait des messages, des lettres ou des appels après ce tournoi.
Quand on veut réussir, il faut se donner les moyens et ne pas croire qu’il faut rester sur son écran à scroller.
Teddy Riner
Avec-vous senti que beaucoup de jeunes étaient là aussi en raison de ce qu’ils ont vu et vécu lors de Paris 2024 ?
Oui, il y a un effet post-JO, c’est certain. On a créé des envies du côté des jeunes, forcément. Mais là où je suis limite choqué, c’est le niveau qu’il y avait. Je m’attendais à un niveau un petit peu aléatoire, en mode tranquille, loisir. Mais non, ils ne sont pas venus pour rigoler. On a fait un beau tournoi chez les cadets et franchement, je suis très fier d’avoir réalisé ça. Quand on veut réussir, il faut se donner les moyens et ne pas croire qu’il faut rester sur son écran à scroller.
Vos prises de position servent-elles aussi à ça ?
Oui. Mon rôle de sportif de haut niveau, c’est aussi ça, de donner des avis. Je ne suis pas là pour faire de la politique. En revanche, dès que ça touche au sport, c’est mon rôle. Après, je ne sais pas si c’est le fait d’être champion qui fait qu’on va peut-être m’écouter davantage. C’est une personnalité, je pense. Moi, on ne me force pas à m’exprimer sur tel ou tel sujet. Je le fais quand je le sens, parce que j’ai les épaules pour et que je me sens une responsabilité de le faire. Ensuite, on est d’accord avec moi ou pas, c’est le jeu. Mais je ne me cache pas, jamais.
Maintenant que cette page Riner Cup est refermée, allez-vous être focus à 100% sur votre retour à la compétition ?
Bien sûr. Après mon opération, j’ai repris les chemins de la salle de muscu, de la kiné et du judo. Là, dès ce lundi (aujourd’hui), je m’envole pour le Japon pour un stage à l’université de Tenri, à Tokyo, qui est une vraie usine à champions. Tadahiro Nomura (triple champion olympique) est sorti de cette université. Takamasa Anai, Shohei Ono ou encore Shin’ichi Shinohara aussi. Donc c’est un bel endroit pour s’entraîner (sourire).
En revanche, vous ne gagnerez sans doute jamais la Riner Cup…
Non, il y a des choses que je dois laisser aux autres quand même. Mais ne me tentez pas (rires).
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