L’actrice belge Emilie Dequenne est morte à 43 ans, dimanche 16 mars, en début de soirée à l’hôpital Gustave-Roussy de Villejuif (banlieue parisienne), des suites d’un cancer rare, ont annoncé sa famille et son agente Danielle Gain à l’Agence France-Presse.
Née le 29 août 1981, elle avait été révélée par le film Rosetta des frères Dardenne, dont elle interprétait le rôle-titre, celui d’une jeune ouvrière rebelle qui perd son travail, et qui lui avait valu le prix d’interprétation féminine à Cannes en 1999, à l’âge de 17 ans. La Belge était devenue ensuite une actrice prolifique au jeu subtil.
Emilie Dequenne avait annoncé en octobre 2023 être atteinte d’un corticosurrénalome (cancer du système endocrinien), diagnostiqué deux mois auparavant. « Quelle lutte acharnée ! Et qu’on ne choisit pas… », avait posté l’actrice sur Instagram le 4 février, à l’occasion de la Journée mondiale contre le cancer.
La comédienne était apparue sur le tapis rouge au Festival de Cannes en 2024, souriante, les cheveux courts et fins à cause de son traitement, pour les 25 ans de Rosetta et pour présenter son dernier film au titre symbolique, Survivre. « En plus, je combats des crabes. Et j’ai tourné ça en octobre-novembre 2022 ! », un an avant de tomber malade, avait-elle plaisanté à propos de ce film catastrophe.
En décembre, elle avait confié à TF1 combattre une maladie de plus en plus agressive, qui fera qu’elle ne vivra « pas aussi longtemps que prévu ». Elle avait en effet connu une rechute, après une rémission. Son cancer était une tumeur maligne de la glande surrénale, pour lequel le pronostic est d’autant plus sombre que cette tumeur est grande.
« Le cinéma francophone perd, trop tôt, une actrice de talent qui avait encore tant à lui offrir », a regretté sur X la ministre de la culture française, Rachida Dati. La comédienne Leïla Bekhti a salué une « grande dame, grande âme, grande actrice, une reine ». « Elle a insufflé une vitalité folle à un film [Rosetta] qui filait déjà à 100 à l’heure », a réagi Gilles Jacob, ancien président du Festival, dans un message à l’AFP. « Emilie s’est battue telle la petite chèvre de M. Seguin, a-t-il ajouté. On sentait chez elle la douceur intrépide de ceux qui savent leurs jours comptés. »
Un autre prix à Cannes pour « A perdre la raison »
Emilie Dequenne, qui a grandi dans un milieu modeste, savait d’où elle venait et aimait le rappeler. « J’ai reçu une éducation ouvrière, dans le respect du travail bien fait », assurait-elle. Mais, après le triomphe de Rosetta et malgré son jeune âge, elle a su éviter l’écueil de s’enfermer dans les rôles sociaux. Dès son deuxième film, Le Pacte des loups (2001), un thriller d’époque à gros budget, elle joue une comtesse aux côtés de Vincent Cassel et Monica Bellucci.
« J’ai été élevée dans une famille où on mettait tout le monde au même niveau, tous des rois ! », expliquait-elle à la sortie de Pas son genre (2014), où elle campait une coiffeuse provinciale amoureuse d’un prof de philo parisien. Une histoire d’amour mise en scène par son compatriote Lucas Belvaux, qui louait son « empathie » et sa « proximité avec le personnage ».
« Je ne veux pas être cataloguée dans un genre, je change de tête à chaque fois », expliquait l’actrice qui a campé une grande bourgeoise malheureuse en amour dans Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait, d’Emmanuel Mouret, pour lequel elle a reçu un César du meilleur second rôle en 2021.
Emilie Dequenne laisse derrière elle une carrière riche de près de 50 films, dont La Fille du RER, d’André Téchiné (2009) et A perdre la raison (2012), deux films inspirés de faits divers. Dans ce dernier, réalisé par son compatriote Joachim Lafosse, elle joue une mère infanticide, aux côtés de Tahar Rahim et Niels Arestrup. Un rôle qui lui a valu un autre prix d’interprétation à Cannes dans la section Un certain regard.
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