La Ligue des droits de l’Homme (LDH) a déposé une plainte contre X et adressé un signalement au parquet de Paris, estimant que le géant de la tech avait violé la vie privée de ses utilisateurs et collecté leurs données personnelles sans leur consentement.
En voiture, dans leur salon ou même dans leur lit… Les utilisateurs de Siri, l’assistant vocal de l’iPhone, seraient écoutés à leur insu, dénonce la Ligue des droits de l’Homme (LDH). L’ONG a déposé une plainte contre X et fait un signalement visant Apple auprès du parquet de Paris, a-t-elle indiqué au Figaro ce vendredi 14 février, confirmant une information de Radio France et du Monde .
La plainte contre X est déposée pour «violation de la vie privée et collecte illégale de données sans le consentement des utilisateurs», précise Nathalie Tehio, présidente de la LDH. C’est un lanceur d’alerte, Thomas Le Bonniec, qui a révélé à l’ONG les pratiques du géant californien, captures d’écran à l’appui. Il a travaillé plusieurs semaines pour un sous-traitant d’Apple en Irlande en 2019 et écouté des heures d’enregistrements.
Des relations sexuelles enregistrées
Apple a fait écouter à des humains des enregistrements de son assistant vocal pour vérifier que leurs propos ont été bien compris, les corriger au besoin et améliorer ses performances. L’outil se déclenche lorsque l’on dit «Dis Siri» . Sauf que les utilisateurs sont parfois enregistrés à leur insu, l’assistant vocal s’étant déclenché par erreur. Conversations intimes, politiques, relations sexuelles… Ces moments de vie intimes ont aussi été écoutés, assure Thomas Le Bonniec à Radio France.
«Nous ne savions pas que Siri pouvait se déclencher à votre insu n’importe quand», explique Nathalie Tehio, qui y voit, au-delà de la violation de la vie privée, une infraction au RGPD (règlement général de protection des données). Le signalement adressé au parquet en complément de la plainte vise à protéger le lanceur d’alerte, comme le permet la loi, et à «poser des questions pour qu’une enquête soit ouverte» sur les pratiques d’Apple. «Ont-ils utilisé, par exemple, ces données à des fins marketing ?, interroge Nathalie Tehio. On n’en sait rien, et c’est bien ce que l’on aimerait éclaircir.»
«Nous utilisons les données Siri pour améliorer Siri, et nous développons constamment des technologies pour rendre Siri encore plus privé», s’est défendu Apple dans une réaction transmise à Radio France. «Les données Siri n’ont jamais été utilisées pour créer des profils marketing et n’ont jamais été vendues à qui que ce soit, à quelque fin que ce soit.»
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Vers une indemnisation des consommateurs aux États-Unis
En Californie, Apple doit par ailleurs être fixé sur son sort dans une action de groupe sur le même sujet ce vendredi 14 février. Si le géant de la tech a toujours nié «tout acte répréhensible et toute responsabilité présumés», il a toutefois accepté de payer 95 millions de dollars (près de 91 millions d’euros) pour mettre fin aux poursuites de consommateurs américains qui l’accusent d’avoir enregistré à leur insu leurs conversations privées via Siri.
Cet accord, qui doit être avalisé ou non par le juge ce vendredi, exige que l’entreprise confirme qu’elle a bien supprimé ces enregistrements et qu’elle explique aux utilisateurs leurs choix en termes de stockage de données collectées par Siri, s’ils choisissent d’aider Apple à améliorer l’assistant vocal. Il prévoit de verser environ 20 dollars (19 euros) par appareil aux consommateurs lésés. La somme, qui sera distribuée entre un nombre potentiellement élevé de consommateurs éligibles, résidant aux États-Unis, ne devrait pas peser sur les comptes d’Apple, l’une des plus grandes capitalisations mondiales.
En 2023, un autre GAFAM, Amazon, avait accepté de payer plus de 30 millions de dollars (28,5 millions d’euros) à l’agence américaine de protection des consommateurs (FTC) pour mettre fin à des poursuites contre ses sonnettes et caméras connectées Ring et son assistant vocal Alexa. La FTC accusait l’entreprise d’avoir permis à des centaines d’employés et contractuels d’avoir accès à des vidéos de clients, et d’avoir stocké des données personnelles (sur les voix des utilisateurs, leur emplacement géographique, etc.) qu’elle avait pourtant promis de supprimer.
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