« J’ai la conviction qu’il est possible de changer les choses en profondeur, à condition de prendre ses responsabilités. Mes parents ont toujours été très engagés politiquement et l’une des activités familiales du week-end pendant mon enfance était d’aller distribuer des tracts. Ma mère aimait aussi recevoir et organiser des dîners festifs, où l’on parlait et chantait jusque tard dans la nuit. C’est ce milieu militant, ouvert aux échanges et aux idées, qui m’a poussé à faire Sciences Po.
A Aix-en-Provence, je me suis passionné pour la langue arabe : je voulais devenir diplomate et travailler dans les pays arabes. En 2008, j’ai effectué ma troisième année d’études à Damas, en Syrie, où il faisait encore bon vivre. Je faisais un stage dans un centre français de recherche, j’avais plein d’amis, je me régalais de langue arabe et de cuisine syrienne, des plats simples, faits maison, comme les kebbeh [des boulettes de viande hachée], le fattouche [une salade de crudités] ou le mouhalabieh, mon dessert favori…
J’étais fasciné par cette culture et cette belle langue parlée par un très grand nombre de gens sur la planète et très présente en France, et pourtant complètement dévalorisée et déconsidérée dans le monde du travail, où l’apprentissage du chinois est privilégié, par exemple.
Après un master à la School of Oriental and African Studies, à Londres, je suis revenu en Syrie et j’ai été happé par le « printemps arabe ». Je me suis retrouvé impliqué dans des ONG sur la question médiatique, l’accès à l’information, la situation politique du pays. De retour en France, j’ai dirigé une structure de soutien au développement des médias indépendants, pour redonner la parole et le pouvoir aux citoyens syriens. Au bout d’un moment, j’ai cependant ressenti l’envie de m’investir dans des problématiques plus proches de moi
« Changer les pratiques toxiques »
Le fil rouge de mon parcours, c’est la conscience que, si ce n’est pas moi qui m’engage, qui d’autre va le faire ? Rapidement, l’insertion sociale et professionnelle de personnes exclues, à la marge, m’a semblé un enjeu majeur dans la société française. Et la restauration m’est apparue comme l’un des rares secteurs d’activité où l’origine étrangère peut être une valeur ajoutée. Car la cuisine, c’est un patrimoine culturel et des compétences universelles. Pour les réfugiés syriens, la cuisine de leur pays est souvent tout ce qui leur reste.
J’ai rejoint Festin en 2021, une association qui gère plusieurs activités autour de l’insertion par la cuisine : un service de traiteur, un programme professionnalisant des femmes de quartiers défavorisés et Les Beaux Mets, le premier restaurant dans une prison [celle des Baumettes, à Marseille], qui emploie et forme des détenus. Mais il fallait aller au bout de la réflexion : le milieu de la restauration est très dur et on ne peut pas aider des personnes à retrouver un emploi pour qu’elles subissent des agressions ou fassent un burn-out.
C’est ainsi qu’est né Restaure, un mouvement destiné à faire changer les mentalités et les pratiques toxiques du secteur. Il y a tant à faire que je n’ai que peu de temps pour cuisiner, mais, souvent, je fais ce petit flan à la fleur d’oranger, en souvenir de la Syrie et de la beauté des cultures d’ailleurs. »
Le site de l’association Festin et celui du mouvement Restaure
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