Mode : les aspirations haute couture de Jacquemus et Lanvin

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La fashion week masculine de Paris s’est achevée le 26 janvier sur des défilés mixtes. Parmi eux, Jacquemus et Lanvin, deux marques réputées pour leurs collections féminines qui ont tendance à éclipser l’homme.

Jacquemus cherche toujours à se distinguer de ses concurrents, et défile à ce titre souvent ailleurs qu’à Paris, par exemple dans un champ de lavande provençal ou une villa brutaliste à Capri. Quand il réintègre le calendrier parisien, il préfère la fashion week homme, où le plus petit nombre de shows lui permet de mieux se démarquer et aussi de se rapprocher symboliquement de la semaine de la haute couture, qui commence le 27 janvier.

Car cette saison, Simon Porte Jacquemus veut montrer qu’il a une vraie légitimité en tant que créateur de vêtements. Certes, il y a toujours une palanquée de stars à son défilé, mais le cadre minimaliste du superbe appartement de l’architecte Auguste Perret, rue Raynouard, dans le 16e arrondissement, permet de se concentrer sur la collection, qui consiste en robes de bal et tailleurs pour les grands soirs. Les tenues spectaculaires dans leurs formes – épaules décrivant un arc de cercle, jupes corolle bombées, dos gonflés de tulle, chutes des reins dénudées et longues traînes rectangulaires – évoquent la couture des années 1930 ou 1950, tout en gardant une allure contemporaine.

Quoique impressionnant visuellement et très bien exécuté, son vestiaire manque encore un peu de personnalité, évoquant par moments ceux d’autres couturiers comme Alaïa. Jacquemus s’est fait connaître avec ses bobs et ses mini-sacs, et la transformation de sa griffe vers les plus hautes sphères de la mode demande du temps. D’un point de vue formel, il est en très bonne voie. Reste à voir si les clients et les investisseurs potentiels cautionneront cette mutation.

Robes du soir en soie

De son côté, Lanvin revient à la fashion week après deux ans d’absence. Et cherche, comme Jacquemus, à profiter de l’aura de la haute couture. La plus vieille maison de mode toujours en activité, fondée en 1889, doit redorer son blason après avoir traversé une crise de presque dix ans où elle a été ballottée entre les changements de direction artistique et de propriétaire. Pour un nouveau départ, Lanvin compte sur Peter Copping, designer nommé en juin 2024 et arrivé en septembre. Quatre mois, c’est peu de temps pour se familiariser avec une marque, surtout quand les archives sont si riches.

« Cette collection est très personnelle, mais c’est aussi un hommage au monde de Jeanne Lanvin et son sens du style. J’ai voulu projeter l’essence de sa garde-robe sur des personnages contemporains », résume le designer anglais. Au Pavillon Gabriel, la moquette reproduit les motifs de la salle de bains parisienne de Jeanne Lanvin. Et sur les podiums, les hommages sont discrets : pour représenter le lien qui unissait la fondatrice et sa fille, Peter Copping a choisi des mannequins de générations différentes ; les formes des lettres « J » et « L » se retrouvent dans la coupe des tissus et des sacs.

L’ensemble compose un vestiaire très sophistiqué, avec quelques manteaux longs et beaucoup de robes du soir, en soie drapée autour du corps ou ornées de motifs géométriques parfois scintillants. Certaines sont plus opulentes encore, en velours noir avec une jupe cloche ajourée ou robe-fleur entièrement dorée. « Je voulais une élégance pas coincée, ne surtout pas être académique », explique Copping. Bien que parfois un peu trop démonstrative, cette première collection pose de solides bases pour explorer le concept de « chic ultime » cher à Jeanne Lanvin, que le directeur artistique entend bien réhabiliter.

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Source du contenu: www.lemonde.fr

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