Sarah-Léonie Cysique : «Après Paris 2024, la sensation de vide a été assez courte»

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ENTRETIEN – Après son doublé or par équipes et bronze en individuel lors des derniers Jeux, la judokate a pris le temps de se reposer et de digérer son fol été.

Fin novembre, du côté de Tignes pour les Étoiles du Sport, Sarah-Léonie Cysique s’amuse aux côtés notamment de sa partenaire en équipe de France Amandine Buchard. Si elle n’est pas parvenue à décrocher à Paris cet été le titre olympique dont elle rêvait en individuel, la judokate de 26 ans garde néanmoins son rayonnant sourire. Retour sur un été quand même magnifique en compagnie d’une jeune femme épanouie. 

Sarah-Léonie, comment se sont déroulés ces quatre mois depuis les Jeux olympiques de Paris ?
Sarah-Léonie Cysique : Ils se sont très bien passés. J’ai pris le temps de bien savourer, et je savoure encore d’ailleurs. Je suis partie en vacances pour bien me ressourcer et là, je suis revenue naturellement à l’entraînement.

Avez-vous quand même senti ce fameux vide après les Jeux ? Est-ce qu’il y a eu un moment donné où vous vous êtes demandé ce que vous alliez faire désormais ?
C’est vrai que cela a fait bizarre. Surtout entre les Jeux olympiques et ceux paralympiques, où il y a eu deux semaines de battements. Je me souviens que j’étais chez moi et je me suis exactement posé cette question : là, je fais quoi ? Cela faisait des mois que j’étais dans la course, que je préparais cet événement en ne pensant qu’à ça, que tout ce que je faisais était dirigé dans un seul et même but. J’avais envie du coup de penser à Los Angeles en 2028 mais c’est encore loin. J’ai tellement l’habitude d’avoir des objectifs tout le temps que là, le fait que ça soit un peu le vide, il a fallu que je m’adapte. Mais le fait que les Jeux paralympiques aient eu lieu derrière m’a fait du bien car je me suis concentrée dessus et j’en ai bien profité pour aller voir des compétitions. Derrière, j’ai repris une vie un peu plus active et j’avais vraiment hâte de retrouver une routine sportive. Et au final, cette sensation de vide a été assez courte. Plus qu’après Tokyo en réalité.

Je pense qu’il va me falloir un moment, comme pour Tokyo, pour oublier un petit peu tout ça.

Sarah-Léonie Cysique

Qu’est-ce qui vous reste le plus en mémoire ? La médaille de bronze en individuel ou le titre par équipes ? 
Je dirais qu’en termes d’émotion, c’était plus ou moins similaire. À la fin de la finale par équipes, honnêtement, je ne tenais même plus sur mes jambes tellement émotionnellement, c’était fort. D’avoir partagé ça avec tout le monde, cela a décuplé ma joie. Néanmoins, mon individuel était plus satisfaisant. J’étais plus fière de moi, de ce que j’avais fait. J’ai souvent tendance à repenser à mes combats individuels. Je pense qu’il va me falloir un moment, comme pour Tokyo, pour oublier un petit peu tout ça. Mais c’est sûr que la journée de la compétition par équipes était folle.

Sarah-Léonie Cysique décroche le bronze à Paris
JACK GUEZ / AFP

Qu’est-ce qu’il vous a manqué en demi-finales face à Christa Deguchi ?
J’analyse depuis, et je continue encore (sourire). C’est vrai que Christa est hyper forte dans ce qu’elle fait. C’est souvent à quitte ou double face à elle. Il y a des fois où elle peut gagner d’une manière tellement facile qu’on dirait qu’elle n’a pas de difficultés. Et des fois, on voit qu’elle rame et qu’elle a vraiment du mal à s’exprimer. Je pense que c’était une de ces journées-là pour elle, mais cela ne voulait pas dire qu’elle ne pouvait pas gagner donc je suis restée très vigilante. Et sur notre demi-finale, elle a combattu un peu différemment de ce qu’elle a l’habitude de faire, avec un judo qui est très traditionnel. Elle a énormément attaqué à genoux, bien plus que d’habitude. Elle était vraiment tout le temps par terre, tout le temps sur l’attaque. J’ai essayé de parer, de trouver des solutions et ce n’était pas facile parce que je voyais bien qu’elle était dans son rythme. Même si elle était très fatiguée, elle ne lâchait rien et je n’ai pas trouvé le moyen de la surprendre, de faire ce décalage. Ensuite, en discutant avec ma coach, elle m’a dit que c’était un très beau combat, et qu’il fallait bien une gagnante. Ce jour-là, elle était destinée à gagner. Ce n’est pas pour ça que je ne suis pas triste ou dégoûtée, mais je suis en accord avec ça. Et je sais que la prochaine fois qu’on se rencontrera, je ferai tout pour trouver enfin cette solution et gagner.

Avez-vous ressenti également de la frustration d’être une nouvelle fois sur le podium, mais pas sur la plus haute marche ? 
Je dirais qu’avant, il y avait une certaine frustration parce que je me disais : pourquoi pas moi ? Pourquoi je n’y arrive pas ? Mais j’ai décidé de me libérer de cette frustration-là, parce que ça voudrait dire que je n’apprécie pas les résultats que je réalise aujourd’hui. Alors que je les apprécie, même si j’ai envie de plus et que je ne me contente pas forcément de ce que j’ai. Mais je suis reconnaissante du travail que je fais, de tout ce que je mets en place pour monter sur les podiums et pour gagner. Et comme je l’ai dit, il faut forcément un gagnant. J’ai réussi à avoir une seule et pauvre médaille d’or en Grand Slam à Astana, où j’étais très contente en plus en battant en finale la championne olympique en titre à ce moment-là. Mais c’est vrai qu’arriver à la fin de la journée, il y a toujours quelque chose qui fait que… Néanmoins, aujourd’hui, je n’ai pas de problèmes avec ça parce que je me suis dit que c’est le sport de haut niveau, qu’on ne peut pas toujours gagner. Je me dis que je préfère gagner dix médailles, ce qui symbole une régularité, que d’avoir deux médailles d’or et c’est tout. Je relativise davantage afin d’apprécier ce que je réussis et je continue quand même mon petit bout de chemin qui me mènera vers l’or j’espère.

J’aime le beau judo, engagé et c’est vrai que ça ne paye pas toujours.

Sarah-Léonie Cysique

Votre style très spectaculaire va aussi rester dans les mémoires…
J’espère. C’est ce que je me dis. Aujourd’hui, c’est vrai que le judo tend vers quelque chose de ne pas spectaculaire du tout, de très calculateur. Moi, j’aime le beau judo, engagé et c’est vrai que ça ne paye pas toujours. Des fois, il faut essayer de trouver d’autres parades pour pouvoir gagner. Mais c’est vrai que j’aime pouvoir marquer aussi les esprits, même si j’ai conscience qu’on ne peut pas toujours gagner comme ça. Simplement, j’aimerais qu’on se souvienne de moi comme ça, qu’on se dise : « tu te souviens de Cisy, de son judo très explosif ?» Si on peut parler de moi comme ça quand je serais vieille, ce serait génial (rires).

Sarah-Léonie Cysique
KIRILL KUDRYAVTSEV / AFP

Vous êtes également très proche de Romane Dicko. Comment avez-vous vécu sa médaille de bronze en individuel et sa profonde tristesse ?
C’est difficile parce que tous les mots du monde ne peuvent pas le consoler. Il y a un réel deuil à faire. Je pense que Romane avait de très grandes attentes sur cette compétition-là, et elle digère moins bien que certaines le fait de ne pas avoir conquis l’or. Mais j’aimerais qu’elle se rende compte que cela n’enlève en rien la valeur et la force qu’elle a. Les filles ont très bien étudié son judo et ça s’est vu. Je pense que ça va la forcer à continuer de progresser, même si elle est déjà au-dessus dans sa catégorie. Ce n’est vraiment pas facile, je pense, d’avoir le statut qu’elle avait sur ces Jeux. Mais je pense que ça rendra une médaille d’or olympique d’autant plus belle à Los Angeles. Elle a la chance encore d’être jeune et elle est forte mentalement, donc je sais qu’elle va faire le boulot pour y arriver. Il faut juste qu’elle ne dégrade pas tout ce qu’elle a travaillé pour pouvoir aller chercher cette médaille.

Toutes les deux, vous êtes-vous déjà mis un challenge L.A. 2028 ?
Pas encore, même si on pense quand même déjà à Los Angeles. En tout cas, moi, je n’ai pas peur de me projeter sur Los Angeles. Mais avant ça, j’ai des titres à aller chercher. Je ne suis pas encore championne d’Europe, je ne suis pas encore championne du monde. Donc j’ai encore des médailles à ramener, une régularité à entretenir avant d’arriver sur Los Angeles. Mais même si j’y pense à long terme, je sais que ça ne va pas me bloquer aujourd’hui.

Source du contenu: www.lefigaro.fr

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