Les championnats d’Europe de taekwondo et de para-taekwondo démarrent lundi 11 mai à Munich. Un moment fort pour une para-athlète, Zakia Khudadadi, née en Afghanistan, pays qu’elle a dû fuir en 2021 à la reprise du pouvoir des talibans. Installée en France, la médaillée de bronze aux Jeux paralympiques de Paris avec l’équipe des réfugiés, dans la catégorie des moins de 47 kg, a obtenu la nationalité française l’été dernier. Une naturalisation qui lui a rouvert le chemin des tatamis en compétition, ce qu’elle attendait avec impatience. RFI l’a suivi à l’entraînement avant son départ pour l’Allemagne.
Séance matinale studieuse à l’INSEP, sur fond musical. Zakia Khudadadi répète ses gammes avant ses grands débuts en bleu La fin d’une longue attente, une frustration évacuée fin octobre 2025 lorsqu’elle obtient le droit de voyager et de concourir de nouveau librement. « Quand j’ai récupéré mon passeport, c’était une surprise parce que je ne m’attendais pas à le recevoir en 2025. Il y a beaucoup d’amour. Tout ce que j’attendais depuis quatre ans et demi en France. J’ai enfin récupéré mon passeport, je n’ai plus de stress pour le côté visa, et en plus je suis en équipe de France », se réjouit-elle.
Une intégration à part entière, une appartenance à un pays, mais aussi l’expression d’une reconnaissance. « C’est la France qui m’a aidé quand j’étais à Kaboul, quand j’étais vraiment menacée. Depuis mon arrivée en France, j’ai progressé vraiment 100 % dans mon sport et j’ai gagné plusieurs médailles. Bien évidemment, les médailles aux Jeux paralympiques de Paris me donnent une motivation pour l’Afghanistan et pour la France. Cela veut dire que j’ai deux pays dans mon cœur et que je me donne à fond pour les deux », explique-t-elle.
Paris 2024, le 29 août. Premier moment de bonheur dans sa carrière, sous la bannière de l’équipe de réfugiés. Sitôt sa victoire acquise sur la Turque Nurcihan Ekinci, Zakia Khudadadi se retrouve plongée dans les bras de son entraîneuse Haby Niaré. La vice-championne olympique 2016 et championne du monde 2013 poursuit plus que jamais l’aventure avec sa protégée, qu’elle a vue s’affirmer : « Au départ, c’était une gentille petite fille qui ne parlait pas trop. Il y avait la barrière de la langue, ce n’était pas évident pour elle. Elle a appris le français en peu de temps. Elle nous partage des petites expressions qui nous font rire de temps en temps. Elle sait blaguer, mais lorsqu’il s’agit du travail et qu’on est à l’entraînement, elle met un pied sur le tapis et c’est la transformation. Elle est née avec cette facilité. Elle a un don qui fait qu’elle apprend vite les choses. En une séance, elle peut être capable de retenir une stratégie complète. Techniquement, c’est une athlète qui sait tout faire, sans exagérer. Elle a cette intelligence dans le combat, cette lucidité. C’est quelqu’un qui a vraiment énormément de qualités en tant qu’athlète. »
Un potentiel pour le très haut niveau qu’il a fallu libérer durant ces longs mois sans compétition internationale, notamment dans l’état d’esprit de la combattante. « En Afghanistan, elle a été peu confrontée à la réalité de compétition, au combat, à l’affrontement. On a fait un gros travail depuis trois ans, et elle y répond parfaitement. Elle se découvre à ce niveau. Cela veut dire que ses qualités physiques et techniques peuvent s’exprimer parce qu’il y a ce moteur de combativité, d’agressivité et surtout d’esprit de compétitrice affirmé. Elle se découvre. La marge était là et elle l’a dépassée. Maintenant, il va falloir la développer », détaille Louis Lacoste, le directeur de la performance paralympique à la fédération française de taekwondo.
Zakia Khudadadi s’est préparée à ces championnats d’Europe à raison de 5 heures par jour, 5 jours par semaine. Première étape vers l’objectif suprême, la médaille d’or à Los Angeles en 2028. Mais elle n’oubliera jamais pour qui elle a d’abord changé de vie et fait tant de sacrifices : « En mon fort intérieur, ce sont les femmes afghanes. Chaque podium est une lutte contre les talibans, contre tous les problèmes politiques de mon pays. Cela veut dire que je ne lâche pas et que je n’abandonne pas. J’avance. Je continue et j’espère que la paix va se réaliser dans notre pays. »
Sur le tatami de Munich, les lettres inscrites au dos du dobok – le kimono du taekwondo – ont changé, l’hymne national sur les podiums résonne différemment, mais Zakia Khudadadi poursuit le combat : celui du droit d’exister et de choisir son destin.
À lire aussiZakia Khudadadi, championne de para-taekwondo: «à chaque tatami, je pense aux femmes afghanes»
Source du contenu: www.rfi.fr
