Des beignes, des boyaux éventrés, des coureurs à pied, de la boue et des spectateurs nourris à la bière et à la pomme de terre. Liévin (Pas-de-Calais), qui accueillait les Mondiaux de cyclocross, de retour en France vingt et un ans après le sacre de Bart Wellens à Pontchâteau (Loire-Atlantique), a déployé tout ce qui fait le sel de ces folles courses hivernales. Les meilleurs cyclistes du monde se sont affrontés sur le circuit du Val de Souchez, un parcours sinueux aux nombreuses ornières, aux virages en épingle et aux côtes impraticables, pour le plus grand bonheur des 30 000 spectateurs réunis dans le Nord, dimanche 2 février.
Pour mettre une ambiance aussi « rock and roll » que le parcours, Liévin a été bien aidée par ses voisins belges, venus en masse en camping-car depuis la frontière. Pour patauger gaiement dans la boue, chapeaux pittoresques sur la tête. Mais surtout pour assister au duel entre le héros national, Wout Van Aert, et l’indétrônable Mathieu Van der Poel. Ce dernier se présentait sur la ligne de départ avec six couronnes mondiales dans la musette (2015, 2019, 2020, 2021, 2023, 2024). Un lourd butin qui ne demandait qu’à être complété.
Van der Poel, Néerlandais né à Kapellen, en Belgique, n’a quitté son maillot arc-en-ciel qu’une heure, le temps de régler le sort de ses adversaires à la force du pédalier. « MVDP » s’est imposé avec 45 secondes d’avance sur Wout Van Aert. Un autre Belge, Thibau Nys, s’offre la médaille de bronze.
« Un résultat logique »
« Il y avait beaucoup de public et le parcours était très joli, très technique, c’est ça que j’aime. Grâce aux courses sur route, j’ai un peu plus de force et je fais moins d’erreurs sur les passages techniques », a commenté Mathieu Van der Poel à l’arrivée au micro de La Chaîne L’Equipe. Sa performance du jour le hisse au niveau d’Eric De Vlaeminck, coureur flamand qui avait remporté sept titres mondiaux en cyclocross dans les années 1960-1970.
Van der Poel, ultra-favori, n’a pas tergiversé. En tête dès les premiers mètres, le Néerlandais a pris une bonne longueur d’avance sur ses poursuivants et n’a plus été rattrapé malgré une crevaison au troisième tour. Wout Van Aert, triple champion du monde et inscrit de dernière minute à ce championnat, a bien tenté de s’accrocher. Mais, parti en troisième ligne et pris dans le trafic, le Belge a accusé du retard dans le premier tour. « C’était vraiment la guerre derrière, j’ai perdu ma montre et déchiré mon cuissard », retraçait le coureur au micro de La Chaîne L’Equipe.
Parti en solitaire au quatrième tour dans l’espoir de rattraper Van der Poel, le Belge a finalement dû s’avouer vaincu, faisant mine de tirer son chapeau à son grand rival sur la ligne d’arrivée. « C’est un résultat logique, je suis fier de cette médaille d’argent, je suis prêt pour progresser et faire une belle saison sur route », ajoutait Van Aert.
Comme à Loenhout (Belgique) et comme à Maasmechelen (Belgique) cette saison, « MVDP » a écœuré la concurrence − et a même perdu la retransmission télé, partagée entre montrer la cavalcade solitaire du leader et l’âpre bagarre pour les accessits. En cyclocross, Van der Poel semble hors catégorie. A 30 ans, le Néerlandais a disputé huit cross cet hiver et les a tous remportés.
Une affaire de Belges et de Néerlandais ?
Premier tricolore, Fabien Doubey a terminé à une anonyme 15e place (à 3 min 47 s). Voilà trente-deux ans que la France n’a plus remportés de mondial en cyclo-cross. Le dernier à être monté en haut du podium est Dominique Arnould, en 1993. « Si j’avais été Belge, ma carrière aurait été différente, avançait à l’AFP Clément Venturini, 17e de la course, à plus de quatre minutes du leader. Ils habitent tous à une heure des circuits. Il y a des équipes [spécialisées en] cyclo-cross, la télé retransmet les courses tous les week-ends sur les chaînes 1 et 2. Les coureurs sont des vrais professionnels ».
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Mathieu Van der Poel et Wout Van Aert, nés à quatre mois d’écart et 30 kilomètres de distance, ont de fait appris à apprécier l’absurdité de marches dressées en plein parcours dans le Plat Pays. « Vous avez les chapiteaux pour les VIP où la haute société et les bourgeois flamands viennent festoyer et faire du business, a raconté Marc Madiot à l’Agence France-Presse. Et les autres viennent pour boire des bières en s’intéressant, parfois peu ou pas beaucoup, à la course. C’est un rendez-vous où les gens se retrouvent pour fêter le cyclisme. C’est plus qu’un sport, c’est une culture. »
Ce week-end, la culture gentiment timbrée du cyclocross a traversé la frontière et infusé le Pas-de-Calais. Plusieurs jeunes Français y ont brillé, à l’image de Lise Revol, 17 ans, vainqueure chez les juniors femmes, samedi 1er février. De quoi renouer avec une discipline, née dans l’Hexagone au début du XXe siècle.
Petit-fils du Français Raymond Poulidor, né en Belgique et de nationalité néerlandaise, Mathieu Van der Poel réunit le meilleur des trois mondes. De quoi envisager de figurer encore, en 2026, tout en haut du palmarès du cyclo-cross ? « On verra, je vais d’abord savourer ce titre », a répondu prudemment l’intéressé. Il lui faudra pour cela composer avec un calendrier particulièrement dense, dominé par les courses sur route. Souvent mis au second plan par les équipes cyclistes, tournées vers les courses du printemps, le cyclocross pourrait toutefois faire son retour à la faveur d’une inscription de la discipline aux Jeux olympiques d’hiver 2030, qui auront lieu dans les Alpes françaises. C’est un tout cas l’ambition de David Lappartient, l’actuel président de l’Union cycliste internationale (UCI), qui compte déposer la candidature du cyclo-cross auprès du Comité international olympique.
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