«Cette fibre, je l’ai toujours eue» : Alexandre Ruiz, l’ancien arbitre international à la tête d’un club de Pro D2

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Ce jeudi, Soyaux-Angoulême affronte Provence en quart de finale des barrages de Pro D2. Une première pour le club charentais, avec, à sa tête, Alexandre Ruiz, ancien arbitre international.

Lorsque Le Figaro appelle Alexandre Ruiz, le téléphone ne sonne pas longtemps avant que le natif de Béziers ne réponde. «On est rentré à 8h du matin en bus samedi (après la défaite vendredi à Valence 39-22). À 11h30 j’étais déjà à mon bureau. J’y ai passé la journée. Et là, ce matin (dimanche), j’y étais encore à 8h. Il est 12h30 et je suis encore au bureau en train de travailler. Je sais très bien que ça ne passera que par là. En tout cas, je ne veux rien regretter.»

Si l’ancien arbitre se rue à la tâche, c’est à cause, ou grâce, à la qualification historique de Soyaux-Angoulême, qu’il a rejoint à l’été 2023, pour les barrages de Pro D2, après une cinquième place acquise sur la saison régulière. «Pour être très honnête, je n’ai même pas bu une bière après le dernier match. J’ai autorisé les joueurs à aller boire une bière en ville jusqu’à 2h du matin, mais je ne les ai pas accompagnés parce que je savais très bien que le plus dur restait à venir. Je savais très bien que demain allait être important. Il fallait que, de suite, je me remette au travail.»

Cette carrière d’entraîneur semblait tout écrite, alors qu’elle a commencé il y a 18 ans, en parallèle de sa carrière d’arbitre. «Ce n’est pas l’arbitre qui est devenu entraîneur, l’arbitre était déjà entraîneur en même temps. Ce n’est pas aussi radical, parce que j’ai passé mon DE en 2018 pendant que j’arbitrais. Je suis passé par les catégories jeunes, puis j’ai entraîné en Fédérale 3, en Fédérale 1… Et c’est là où j’ai fait le choix après, en 2021, d’être entraîneur de la défense de Montpellier.»

Un vrai pari

Une passion née lorsqu’il était petit, aux côtés de son père. «J’ai toujours voulu entraîner. J’accompagnais mon père quand j’étais tout petit. Il a toujours entraîné. Je l’accompagnais aux entraînements le mercredi soir, le vendredi soir, dans mon petit village. Cette fibre, je l’ai toujours eue. Je savais que j’avais envie de le faire un jour. On ne sait jamais quand. Et là, il y a eu l’opportunité de Montpellier en 2021. ‘’Est-ce que le train allait repasser à ce niveau-là ou pas un jour ?’’ J’ai plongé sur l’opportunité parce que je n’étais pas sûr qu’elle se représente.»

Pour Didier Pitcho, le président du club angoumoisin, le choix Alexandre Ruiz était un véritable quitte ou double. «Il fallait faire un pari, tenter quelque chose. Il fallait prendre un risque et c’est celui-là qu’on a choisi. Je m’en suis satisfait et je suis bien content de continuer, avant qu’on ne vienne me le prendre.»

Didier Pitcho remerciant les supporters au stade Chanzy.
Icon Sport / Icon Sport

L’aventure commune entre Alexandre Ruiz et Soyaux Angoulême se poursuit depuis 2023, pour le plus grand bonheur de l’ancien arbitre de Top 14. «J’ai tendance à dire que je préfère vivre avec des remords que des regrets. J’adore Patrick Bruel (il rigole). Mais je me refusais de regretter le moins de choses possibles dans ma vie. Je ne savais pas comment et quand ça allait finir. Mais en tout cas, je suis convaincu d’avoir fait le bon choix.»

Pour lui, son ancienne carrière d’arbitre – où il a officié en Top 14 et aux Jeux olympiques de 2016 – l’aide chaque jour. «Il ne faut pas rayer notre histoire. Il y a toujours un passé. Et aujourd’hui, le mien, dans ma vie professionnelle, il y a une partie de l’arbitrage, bien évidemment. C’est quand même dix ans. J’ai évidemment ce regard porté sur l’efficacité et la règle, parce que ce sont des vieux démons qui sont ancrés en moi. Je m’en sers au quotidien, oui. Je m’en sers parce que je pense la connaître, déjà. Et je pense bien la connaître.» Cette exigence a permis à Soyaux-Angoulême, cette saison, de n’avoir reçu aucun carton rouge.

Je me reconnais bien dans son profil , il m’a directement beaucoup plu.

Didier Pitcho, à propos d’Alexandre Ruiz

Même si son passé lui vaut encore quelques critiques, comme il le reconnaît en riant. «J’ai été énormément critiqué quand j’entraînais les jeunes ou quand j’entraînais avec mon père en Fédérale 3. Dès lors qu’on gagnait, c’était remettre en cause l’arbitrage et faire offense complètement à la compétence et à la performance. Oui, c’est permanent, c’est encore le cas aujourd’hui. Beaucoup moins. Je ne l’entends presque plus mais il a fallu quatre ans de haut niveau, donc deux à Montpellier, en gagnant le titre, et deux au SA XV, avec une qualification historique, pour que les gens effacent l’image de la corporation arbitrale et doutent de la compétence d’entraîneur.»

Pourtant, Didier Pitcho ne l’a pas fait venir pour son passé arbitral, mais bien pour ses qualités humaines. «C’est l’homme, c’est tout. C’est l’homme et ses convictions. C’était un ancien arbitre que j’avais d’ailleurs eu l’occasion de croiser par le passé. Mais avant tout, c’est un passionné de rugby. Ça fait des années qu’il entraîne, tout en étant arbitre. Il a cette passion. Je me reconnais bien dans son profil , il m’a directement beaucoup plu. Il fait ce qu’il dit, c’est important.»

Lié jusqu’en 2027 avec Soyaux-Angoulême, Alexandre Ruiz s’épanouit et est prêt à relever de nouveaux défis. «Égoïstement, j’ai envie surtout d’avoir une bonne saison l’année prochaine. On sait que se requalifier sera très, très dur. Mais ce ne sera même pas l’objectif pour moi. Mon seul objectif, c’est de maintenir le club l’année prochaine en Pro D2.»

Un rendez-vous avec l’histoire

Même si un avenir en Top 14 n’est pas à exclure. «Est-ce que demain, si un club de Top 14 vient me démarcher, je vais réfléchir à la proposition ? Bien évidemment. Ce serait un mensonge de dire le contraire. Est-ce que c’est une obsession et un rêve ? Absolument pas. Mes ambitions, elles seront calibrées à la capacité à réitérer les performances, j’en suis conscient. Mon seul objectif, c’est ce que je suis en train de faire sur le présent et ce que je ne peux pas encore me projeter sur le futur.»

Mais pour le président Didier Pitcho, pas question de laisser filer le Biterrois. «Si quelqu’un doit le prendre, je préfère qu’il le prenne maintenant. Comme ça, il sera obligé de me faire un chèque. (Il rigole) Non je déconne. Bien sûr qu’il a des ambitions, il ira sûrement plus haut. Mais il connaît la vertu du travail, il a un père qui est de la terre lui aussi. Mais partir maintenant, il sait que ça serait très prématuré.»

Tu ne peux jamais te projeter sur ces rectangles verts, ils sont tellement fabuleux.

Alexandre Ruiz

En attendant, Soyaux-Angoulême a rendez-vous avec l’histoire ce jeudi soir, face à Provence Rugby, pour un quart de finale de barrage de Pro D2. «On n’a rien envié à personne au vu de notre saison. On est le Petit Poucet. On a 7 millions de budget, Provence en a 20. Je crois que le but du jeu, ça va être de donner la meilleure version de nous-mêmes et sans rien regretter à la fin. Tu ne peux jamais te projeter sur ces rectangles verts, ils sont tellement fabuleux. Ils laissent tellement beaucoup de place à l’imprévu que je crois qu’on n’a rien à perdre. Au contraire, on a tout à gagner. Donc soyons la meilleure version de nous pour donner la bonne image», déclare Alexandre Ruiz.

«On a nos chances. Ce sont eux les favoris. Chaque minute passée sur le terrain, c’est une minute de plus de bonheur. Continuons à nous faire plaisir, c’est tout», conclut Didier Pitcho, qui préside le club depuis sa création, en 2010. Rendez-vous donc, ce soir (21h) pour savoir si la belle histoire du club charentais continuera jusqu’aux demi-finales. Voire plus, qui sait…

Source du contenu: www.lefigaro.fr

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