Les internautes en sont convaincus : comme en 2008, le succès de chansons joyeuses et dansantes est le signe qu’un retournement économique guette.
Le nouvel album de la chanteuse américaine Kesha prévu pour juillet serait-il le signe qu’un grand malheur économique arrive ? Si cette conclusion semble douteuse, les utilisateurs de TikTok en sont convaincus : le retour de la «recession pop», c’est-à-dire des hits calibrés pour faire danser les foules, est le signe que l’économie va mal.
Le terme est né en 2008 et dure jusqu’au début des années 2010, au moment de la crise des subprimes qui a ébranlé l’économie américaine, et en domino, l’économie mondiale. À l’époque, alors que la récession, c’est-à-dire le recul temporaire de l’activité économique, frappe les États-Unis, les plus grandes pop stars du moment multiplient la sortie de musiques entraînantes.
Lady Gaga, Kesha, Black Eyed Peas
À l’époque, impossible de passer à côté de « Single Ladies (Put a Ring on It) » de Beyoncé, sorti en 2008 et dont le clip cumule un milliard de visionnages sur YouTube. Même constat pour « Last Friday Night » de Katy Perry, sorti en 2011 et dont le clip enregistre 1,5 milliard de vues. Lady Gaga n’est pas en reste avec ses tubes « Poker Face » ou « Bad Romance » qui enregistrent à ce jour près de deux milliards de visionnages. Pareil pour « I gotta feeling » du groupe Black Eyed Peas ou « Tik Tok » de Kesha, sortis respectivement en 2009 et 2010. La plupart de ces musiques évoquent le besoin de sortir, de faire la fête, d’oublier le quotidien, de se laisser aller.
De véritables succès commerciaux comptant parmi les plus gros succès de l’industrie musicale encore à ce jour. La raison ? Ces tubes résonnent à l’époque dans toutes les boîtes de nuit du monde, soufflent un vent de fraîcheur et remontent le moral des Américains durement touchés par la crise.
« L’économie s’effondre mais Kesha revient comme la reine de la récession pop »
Quinze ans plus tard, l’apparition de nouvelles pop stars, comme Charli XCX ou Chappell Roan, et le retour des sonorités festives serait le signe évident que l’économie va bientôt basculer. C’est du moins ce qu’affirment de nombreux créateurs sur TikTok.
« Dans les moments difficiles, la musique pop devient plus légère » analyse une jeune femme sur TikTok. L’indice indéniable ? Kesha a sorti une nouvelle chanson fin mars nommée « YIPPEE-KI-YAY » avec le chanteur T-Pain, avant la sortie de son album prévu pour cet été. Une autre utilisatrice de TikTok écrit « l’économie s’effondre mais, comme si c’était écrit, Kesha revient comme la reine de la récession pop ».
Les Converses montantes comme autres signaux
Au-delà de la musique, les Américains voient des signes d’une grande catastrophe économique dans toutes les tendances des années 2010 qui reviennent sur le devant de la scène. Pour certains, le retour des prénoms inscrits sur les canettes de Coca-Cola est le signe que nous retournons à une culture du « fun », qui vient compenser la morosité de l’époque.
Un constat partagé par d’autres tiktokeuses, qui considèrent que le retour de tendances mode colorées et amusantes associées aux années 2010 est également le signe que l’économie se porte mal. Le retour des baskets Converse montantes, chaussures très prisées à l’époque, ou celui des looks composés de minijupes et d’une esthétique «indie sleaze »(t-shirts avec logo de groupes de rock, jeans moulants, collants filés… Kate Moss dans les années 2010 en était l’égérie) en serait l’incarnation.
Devenue une tendance sur les réseaux sociaux, certaines de ces vidéos listant les indices de la récession à venir cumulent des millions de vues.
Une inquiétude renforcée par les décisions de Donald Trump
Si ces analyses publiées en ligne ne reposent sur aucune analyse économique de fond, elles sont tout de même le signe d’une inquiétude croissante de la population américaine. En cause ? Les décisions économiques intempestives de Donald Trump, notamment avec le déclenchement de la guerre commerciale liée à l’augmentation des droits de douane.
Les craintes de la récession économique partagées sur TikTok ne sont d’ailleurs pas qu’une panique infondée. Mi-mars, l’économise en chef de JP Morgan, Bruce Kasman, estimait qu’il y a environ 40% de chances que les États-Unis connaissent une récession cette année.
Donald Trump a assuré début mai que ses choix politiques allaient finir par impacter positivement l’économie américaine, tout en reconnaissant, lui aussi, l’existence d’un risque de récession dans un premier temps. Le produit intérieur brut des États-Unis s’est contracté au premier trimestre 2025 (-0,3% en rythme annualisé), pour les débuts du second mandat du président selon des chiffres publiés fin avril.
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