En France, la récente condamnation de 17 personnes impliquées dans un réseau international de contrebande de civelles met en lumière le commerce des animaux sauvages. Un trafic particulièrement lucratif estimé à 20 milliards de dollars par an, selon l’ONU. Aux douanes de l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle, à Paris, les autorités saisissent une grande variété de produits interdits issus d’animaux protégés.
Dans un hangar de fret de l’aéroport de Paris-Charles de Gaulle, près des pistes d’atterrissage, ce sont plus de 2 millions de tonnes de marchandises qui transitent chaque année. Chaque jour, les douaniers français opèrent une fouille aléatoire des colis à la recherche de stupéfiants, de cigarettes et d’espèces animales ou végétales interdites ou dont le commerce est limité par la convention CITES sur le commerce d’espèces protégées.
Valérie Besson, cheffe du bureau des douanes, supervise les contrôles. « Il y a beaucoup de médicaments qui contiennent des espèces soit de flore, soit de faune protégées par la CITES. Vous avez par exemple dans des médicaments la bile des ours qui est prélevée sur les ours vivants. Vous les voyez dans des cages avec le tuyau qui extrait la bile tout au long de la journée. Vous avez de l’hippocampe séché, [des espèces] de flore aussi, énumère-t-elle, qui sont protégées et qui rentrent dans la fabrication de médicaments asiatiques pour leurs vertus soi-disant thérapeutiques, de force, de virilité. Il y a la poudre de corne de rhinocéros, le kilo de corne de rhinocéros est vendu à plus de 40 000 €. »
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La faune et la flore en contrebande
Face à une longue table, elle décrit les saisies de produits dérivés d’animaux et de plantes de ces dernières semaines, il y a eu beaucoup d‘orchidées et d’agaves. « Très souvent, il y a des collectionneurs en France, notamment des cactus et des orchidées qui sont importés. Vous avez deux peaux de caïmans. Elles viennent des États-Unis. Donc, là, vous avez la chance d’avoir la peau complète avec le crâne et les dents, mais vous avez souvent des petits bouts d’os ou de cornes d’animal, ou des bouts de pattes, ou de queue, ou de poils, décrit la cheffe du bureau des douanes. Je vous parle des queues d’éléphant, par exemple, les petits poils des queues des éléphants. Et puis vous avez la chance d’avoir deux très belles cornes de rhinocéros. La petite et la grande qui ont été saisies suite à une découverte à l’export sur l’Asie. Elles portent des traces qui prouvent qu’elles étaient accrochées sur des trophées, donc elles ont certainement été volées. Il va y avoir une enquête pour essayer de trouver l’origine de ces cornes de rhinocéros. »
Ce petit échantillon du vaste trafic d’espèces sauvages va même jusqu’à l’envoi d’animaux vivants. « Il arrive que des gens mettent des animaux vivants dans des envois de la Poste, poursuit-elle. C’est très rare, mais ça peut arriver quand même. Par la Poste, on a déjà trouvé notamment des serpents, un python royal… »
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Le quatrième trafic le plus lucratif au monde
Une fois saisis, ces animaux sont envoyés dans des refuges ou des aquariums agréés afin de recevoir les soins nécessaires. Ce trafic de faune, on le retrouve également dans les bagages des passagers lors des contrôles aléatoires, explique Laurent Authier, responsable adjoint du fret à Roissy. « Au niveau mondial, le trafic des espèces protégées est le quatrième trafic le plus lucratif, le plus rentable après celui relatif aux stupéfiants, à la traite des êtres humains et celui relatif au commerce des armes », dénonce-t-il.
Des sacs remplis de civelles ont ainsi été saisis à Roissy. Un trafic d’alevins d’anguilles à destination de l’Asie qui a débouché sur la condamnation de 17 personnes à des peines de prison allant jusqu’à 5 ans. « Le but premier, c’est quand même d’essayer qu’il y ait des suites judiciaires qui soient menées sur nos constatations, explique Laurent Authier. Maintenant, au regard des volumes et au regard des constatations qui sont réalisées sur des petites quantités, nous avons la possibilité de saisir ces marchandises-là et ensuite de mettre des amendes et d’infliger des amendes aux personnes qui sont concernées. Après, ça peut aller plus loin s’il y a des suites judiciaires. Là, ce n’est plus une amende, ça peut aller jusqu’à des peines d’emprisonnement. »
Selon les données d’Interpol, le trafic d’animaux vivants a atteint des chiffres records à l’échelle mondiale l’an dernier avec 30 000 saisies – plus de 6 000 oiseaux, tortues, reptiles, primates et pangolins. Un trafic stimulé par la demande d’animaux de compagnie exotiques.
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